La lithographie, l’héliographie et les « estampages Beurdeley »

La pierre, matière du procédé à plat : la lithographie

Le XIXe siècle s’ouvre avec l’invention de la lithographie par Aloys Senefelder. Cette technique ni en relief, ni en creux, repose sur un principe chimique : l’antagonisme entre le gras de l’encre d’imprimerie et l’eau qui humidifie la pierre lithographique. La lithographie a tout de suite du succès car elle ne demande pas d’apprentissage et que les artistes peuvent dessiner directement sur la matrice, sans l’intermédiaire du graveur. Ainsi c’est vraiment la main d’Achille Devéria qui trace le portrait d’Hagman, où seul le visage est détaillé finement, le reste étant rendu à grands traits énergiques disparaissant progressivement dans le blanc du papier.

De par sa souplesse d’utilisation, la lithographie s‘applique à la fois à la gravure d’artiste et à la gravure populaire et commerciale. La lithographie en couleur ou chromolithographie permet l’impression d’images commerciales particulièrement attractives. Elle est la technique des chromos, ces images distribuées par les grands magasins comme Le Bon Marché et collectionnées par les enfants des années folles.

L’héliographie

Matrices en héliogravure d’après des photographies de meubles de René Herbst
Fonds René Herbst
© MAD

À la fin du XIXe siècle, plaque de cuivre et photographie sont combinées pour donner naissance aux procédés photomécaniques, tels l’héliographie. Ils révolutionnent à leur tour la reproduction des images car ils permettent d’imprimer des copies exactes. Les représentations des tableaux de Debucourt publiées en 1920 dans le catalogue de l’exposition qui lui est consacrée au Musée des Arts Décoratifs sont ainsi parfaitement conformes à la réalité.

Nous ne savons pas pour quel projet ont été fabriquées les matrices héliographiques désormais conservées dans le fonds René Herbst.

Les « estampages Beurdeley »

Estampages du panneau central de la grande armoire au monogramme de Louis XIV, Victoria and Albert Museum, Jones collection
Réserve gravures Beurdeley
© MAD

Les estampages Beurdeley sont des impressions de marqueterie Boulle, réalisés au début du XIXe siècle, probablement à l’occasion de restaurations. Des éléments de meubles, démontés et débarrassés de leurs bronzes, ont été encrés au bitume de Judée, puis l’impression a été faite à l’aide d’un frotton sur une feuille humidifiée.

Comme les mises au point de Gruel, ce sont des productions d’atelier, des outils de travail et non des œuvres, donc peu conservées dans des institutions muséales.

Ces documents exceptionnels gardent la trace de l’objet qu’ils reproduisent, sa mémoire. En enregistrant le grain de la pierre, les fibres du bois, les craquelures de l’écaille de tortue, ils permettent de le révéler, le transporter, le copier, le transmettre. Tous les rôles dévolus à l’estampe depuis son invention.

Sur les 246 feuilles conservées à la bibliothèque, 46 reproduisent quasi intégralement les décors de l’armoire de type Boulle conservée au Victoria and Albert Museum de Londres.