La taille-douce ou les procédés en creux sur cuivre

La gravure sur cuivre, ou taille douce, est remarquable par sa plasticité. Elle permet une très grande variété de techniques et la matrice peut être modifiée autant de fois que nécessaire, par plusieurs graveurs s’il le faut. Ainsi, lorsque Charles Gillot meurt en 1722, il laisse les gravures du Livre de portières inachevées. Quinze ans plus tard, l’éditeur Gabriel Huquier les fait terminer par Charles-Nicolas Cochin le jeune, et les publie.

Le burin

La technique du burin a été mise au point vers 1430 dans le sud-ouest de l’Allemagne, dans le milieu des orfèvres. C’est une technique directe car la planche de cuivre est gravée avec un instrument pointu : le burin. Le dessin obtenu est plus fin et plus précis que celui de la gravure sur bois de fil.

Au XVIe siècle, la gravure au burin pratiquée en Allemagne par des orfèvres graveurs est caractérisée par son extrême finesse. Cependant, ce sont la maîtrise et la force du trait qui sont bientôt considérées comme les spécificités de cette technique.

Statue antique de marbre de Silène haute de deux pieds deux pouces, au Palais des Thuilleries, gravée par Étienne Baudet (1638-1711)
Réimpression de la chalcographie du Louvre (entre 1850 et 1870) d’une estampe gravée en 1678. Boîte Maciet 435
© MAD

Au XVIIe siècle, les gravures au burin sont l’objet d’exercices de virtuosité de deux sortes, qui s’opposent entre elles :
• La taille simple n’utilise que des lignes parallèles, ombres et lumières naissant des variations de largeurs et de profondeur. Cette technique, qui met en valeur les contrastes et le blanc du papier, est particulièrement bien adaptée à la représentation des sculptures. Elle est utilisée à partir de 1677 par Claude Mellan et Étienne Baudet pour reproduire les statues et bustes antiques des maisons royales. Dans la gravure du Silène, Etienne Baudet s’amuse à centrer les traits de gravure autour du nombril du personnage.
• La taille croisée joue sur la variété des noirs en multipliant les façons de combiner les traits et en variant profondeur et densité. Le graveur démontre alors la parfaite maîtrise de toutes les ressources de son art. Cette technique est par excellence celle des portraits de prestige et des morceaux de réception à l’Académie, tel le portrait de Charles Le Brun gravé en 1684 par Gérard Edelinck d’après Nicolas de Larguillière.

La pointe sèche

James Jacques Joseph Tissot, « Le dimanche matin », 1883
Réserve gravures XIXe
© MAD

La pointe sèche est un autre procédé direct, mais plus simple d’exécution que le burin.

Le metteur en cuivre Babin utilise cette technique pour graver ses modèles. Sa pointe, pas suffisamment affutée pour découper proprement le cuivre, a produit des barbes qui retiennent l’encre et floutent le trait peu profond. Celui-ci s’est effacé au fur et à mesure des tirages.

Cette imperfection particulière à la pointe sèche a été exploitée par les peintres graveurs. A la fin du XIXe siècle, James Tissot restitue ainsi le duveteux de la fourrure portée par la jeune femme qu’il représente.

L’eau-forte

L’eau-forte est une technique de gravure indirecte : la planche de cuivre est vernie, le dessin griffé avec une pointe puis mordu par des bains d’acide. Elaborée par des orfèvres arabes au Moyen-Âge, elle apparaît en Allemagne au début du XVe siècle puis se répand en Europe à partir des années 1530 par l’Italie. L’Ecole de Fontainebleau la diffuse peu après en France.

Au début du XVIIe siècle, l’eau-forte est révolutionnée par Jacques Callot, qui rapporte d’Italie le vernis dur, emprunté aux luthiers. Il initie aussi l’utilisation de l’échoppe, pointe à section triangulaire proche du burin permettant les pleins et déliés, et met au point le procédé de morsure à bains multiples, qui rend possible plusieurs teintes de trait et les nuances de gris dans l’image. Toute la virtuosité de Jacques Callot s’exprime dans la Tentation de Saint Antoine, une des dernières estampes qu’il grave.

L’eau forte demande moins de compétence que le burin et met en valeur le geste du dessinateur. C’est la technique par excellence des peintres graveurs.

Herman Van Swanewelt est un peintre hollandais, élève du Lorrain, dont le style se rapproche de celui de Poussin. Ses gravures mettent en évidence la faculté de l’eau forte à traduire le frémissement du trait de l’artiste et le vent dans les feuillages des arbres.

L’aquatinte et la manière noire

Entre les XVIIe et XVIIIe siècles, les techniques de gravure se multiplient pour reproduire la couleur et toutes ses nuances. L’aquatinte apparaît vers 1768. Elle est utilisée pour colorier des surfaces : le graveur pulvérise de la poudre de colophane sur la plaque de cuivre pour créer, après une fixation par chauffage et un bain d’acide, un réseau retenant l’encre. Francisco de Goya utilise avec virtuosité les masses colorées qui la caractérisent dans ses gravures de la série des Caprices.

La manière noire, inventée vers 1642, est surtout répandue en Angleterre. A l’inverse des autres techniques, le dessinateur part du noir pour arriver à la lumière : la matrice est grenée régulièrement au berceau puis les blancs sont révélés à l’aide de racloirs ou de brunissoirs.

La manière de crayon

« Paysanne de Moravie venant du marché », gravé aux deux crayons par Louis-Marin Bonnet d’après Jean-Baptiste Leprince, Paris, entre 1773 et 1789
Réserve gravures. PF Bonnet
© MAD

La gravure en manière de crayon est mise au point en 1756 par Jean-Charles François pour reproduire les dessins à la craie ou à la sanguine. Elle est améliorée par Louis-Marin Bonnet qui multiplie les couleurs et utilise plusieurs matrices pour procéder à une impression au repérage, semblable à celle des xylographies polychromes. Il grave de cette façon la Paysanne de Moravie revenant du marché d’après Jean-Baptiste Leprince. La manière de crayon disparaît au 19e siècle avec l’apparition de la lithographie.