La gravure sur bois de fil

Charles Estienne, « De Dissectione partium corporis humani libri tres. Parisiis, apud Simonem Colinaeum », illustrations d’Etienne de La Rivière et de Geoffroy Tory, 1545
Réserve K 164
© MAD

Le premier type de gravure à avoir été inventé est la gravure sur bois de fil : la planche est taillée à la gouge (ciseau à bois au fer concave) et au canif en respectant le sens de la fibre du bois. Elle apparaît en Europe dans les années 1370 et connaît bientôt le succès, utilisée autant par les religieux pour imprimer des images pieuses, que par des artistes pour diffuser leurs créations.

En relief, elle s’intègre parfaitement aux caractères typographiques et illustre très rapidement les livres. Alors que Gutenberg imprime la première bible en 1451, un ouvrage illustré de bois gravés est édité à Venise dès 1472. Certaines des œuvres illustrées avec des xylographies devinrent des références pour la qualité de leurs représentations, que ce soit dans les domaines de l’architecture, de la botanique ou bien de l’anatomie. Le livre De Dissectione partium corporis humani libri tres est ainsi orné de gravures dont certaines signées du grand imprimeur Geoffroy Tory.

Cependant, dès la fin du XVIe siècle, la gravure en taille douce sur matrice de cuivre, au rendu plus fin et détaillé, concurrence et supplante la gravure sur bois de fil, qui se retrouve cantonnée aux sujets populaires et à l’ornement du livre.

Au XIXe siècle, l’estampe populaire gravée sur bois disparaît progressivement, remplacée par de nouvelles techniques comme la lithographie. Elle se maintient plus longtemps dans l’Est de la France où l’imagerie d’Epinal est imprimée sur bois jusqu’aux années 1850. Au même moment, les artistes redécouvrent la xylographie, appréciant la force graphique de ses contrastes. Au début du XXe siècle Raoul Dufy illustre Le Bestiaire ou Cortège d’Orphée de Guillaume Apollinaire de magnifiques bois gravés.

Les papiers dominotés

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, les papiers dominotés connaissent une vogue importante en Europe. Imprimés essentiellement dans des villes de province, ces papiers imprimés à la planche de bois et rehaussés au pochoir sont de deux sortes :
• Les papiers dominotés au sens propre du terme, ornés de petits motifs géométriques répétitifs, sont surtout utilisés pour couvrir livres et brochures en attendant qu’ils soient reliés. Ils doublent aussi les boîtes en carton.
• Les papiers à fleurs, inspirés des tissus en indienne, nommés aussi papiers de tentures, sont les ancêtres du papier peint. Appartenant à la fois à l’imagerie populaire et à l’ornement éphémère, ils ont été peu gardés au cours de l’histoire et les quelques spécimens conservés sont sans aucune mesure avec la production qui en fut faite, qui se comptait en milliers d’exemplaires du même modèle.

La gravure en camaïeu et la xylographie polychrome

La gravure en camaïeu est obtenue en imprimant successivement plusieurs planches, l’une donnant le trait et les autres les couleurs. Elle est mise au point dès le XVIe siècle par des graveurs allemands et italiens.

L’Allemand Ludolf Büsinck, qui grava l’estampe représentant Saint Mathieu et Saint Luc, séjourne à Paris entre 1620 et 1630. Il est un des derniers graveurs sur bois d’importance à avoir travaillé en camaïeu au début du XVIIe siècle. En effet, ce type d’impression requérant un repérage précis pour parfaitement superposer les bois ne connut pas de succès en Europe.

Kitagawa Utamaro. Yama Uba et Kintaro. États 1, 8 et 12
Maciet 401/2
© MAD

Par contre, à l’autre bout du monde, au Japon, la même technique de xylographie polychrome sur bois de fil est employée dès le début du XVIIIe siècle et amenée à son apogée dès la fin de celui-ci. La gravure Yama Uba et Kintaro d’Utamaro est imprimée à partir de 12 matrices différentes, mais certains chefs d’œuvres en nécessitaient plus de 20.

La gravure sur bois de bout

La gravure sur bois de bout, dont la technique, connue dès le XVIe siècle, est améliorée en Angleterre au XVIIIe siècle, révolutionne l’illustration au siècle suivant. La matrice est composée d’un assemblage de blocs de bois de buis de petite dimension, coupés perpendiculairement au fil.

Le bois de bout se grave au burin, dans tous les sens, sans être gêné par la fibre, et la finesse de ses détails rivalise avec celle de la taille douce. De plus, le bois de bout résiste mieux que le bois de fil à la pression lors du tirage et le travail au burin est beaucoup plus rapide que celui exécuté au canif.

Au milieu du XIXe siècle, Léon de Laborde utilise cette technique pour graver et faire graver d’après des miniatures médiévales les vignettes qui devaient illustrer son Glossaire du Moyen Âge. Ce diplomate, qui fut aussi conservateur au musée du Louvre et directeur des archives, était à la fois un pionnier de la photographie et un passionné de l’histoire de la gravure et de l’imprimerie.

Matrice composée de plusieurs blocs de bois de bout gravée par Jules Huyot
Collection particulière
© DR

Toutefois, ce procédé de gravure en relief est avant tout utilisé pour l’illustration des livres romantiques et des périodiques illustrés qui prennent leur essor au même moment. La matrice en bois de bout étant composée de cubes réunis entre eux par un tire-fond, la gravure peut être divisée entre plusieurs exécutants travaillant dans des ateliers quasi industriels. Lors de l’impression, les blocs mal joints font parfois apparaitre des traits blancs sur l’image.

La publication en grand nombre des périodiques a aussi été permise par le développement d’une autre technique, la stéréotypie qui utilise des clichés en plomb moulés à partir des matrices en bois de bout.

Les procédés de dorure sur cuir

Dès le Moyen Âge, les reliures en cuir sont décorées par estampage, avec des matrices en bois gravé. À la Renaissance apparaissent la technique de la dorure à la feuille d’or et les outils en bronze. Les décors sont ornés de motifs réalisés avec plusieurs types d’outils : des palettes pour les dos, des roulettes pour les frises sur les plats, des fleurons qui peuvent se juxtaposer pour former des compositions plus ou moins complexes, des caractères pour les titres. Les polices de caractère et leurs composteurs apparaissent au XIXe siècle. Le liant qui permet à la feuille d’or d’adhérer au cuir est le blanc d’œuf.

Fers, fleurons de dorure sur cuir et mises au point
© MAD, Atelier de restauration livre/papier

Dès la seconde moitié du XIXe siècle, les artisans rivalisent de dextérité, de précision et de finesse dans la qualité des reliures et des dorures. Léon Gruel est l’un d’eux. Ses œuvres s’inspirent largement des siècles précédents. Les « croquis-calques » appelés aujourd’hui « mises au point » sont à la fois des maquettes et des matrices. Le décor est composé et tracé, les fleurons sont tamponnés à l’encre sur une feuille de papier au format du plat. La feuille est posée sur le plat et les fers chauffés sont reportés à travers le papier sur le cuir.

Les collections de fers et de mises au point de l’atelier Gruel ont longtemps été utilisées par les élèves du CALE, Centre des Arts du livre de l’UCAD, dans le cadre de leurs cours de dorure sur cuir. Ces outils sont entrés dans les collections de la Bibliothèque à la fermeture de l’école en 2003.

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