Les Arts Décoratifs présentent Madeleine Vionnet, puriste de la Mode, première rétrospective parisienne rendant hommage à l’une des plus grandes couturières françaises du XXe siècle à travers cent trente modèles de 1912 à 1939 conservés au MAD. Pionnière dans la maîtrise de la coupe en biais et de l’art du drapé, elle a su mettre son génie au service des femmes et de leur bien-être. Madeleine Vionnet a permis une véritable transformation de la silhouette et de l’esthétique, marquant ainsi l’évolution de l’émancipation du corps féminin. Figure phare de la haute-couture de l’entre-deux-guerres, Madeleine Vionnet est considérée comme « le couturier des couturiers ».

Née dans le Loiret en 1876, d’une famille modeste, elle s’installe avec son père nommé receveur d’octroi à Aubervilliers, en région parisienne, à l’âge de cinq ans. Bien que brillante élève, elle quitte l’école à 12 ans pour travailler et apprendre la couture chez la femme du garde champêtre. A 18 ans, elle décide d’apprendre l’anglais et se rend outre Manche où elle est employée comme lingère. En 1896, elle est engagée chez Kate Reily, maison de couture londonienne, où elle débute véritablement son apprentissage de la couture. De retour à Paris, cinq ans plus tard, elle entre chez les sœurs Callot, une des maisons de couture les plus prestigieuses où elle fait ses armes. En 1906, Jacques Doucet fait appel à elle et lui confie le soin de « rajeunir » sa maison. Mais en proposant aux mannequins de marcher pieds-nus, vêtues de robes souples qu’elles portent à même le corps sans s’appuyer sur l’incontournable carcan de rigueur à l’époque qu’est le corset, elle se heurte aux réticences de la maison et décide alors de voler de ses propres ailes.

C’est en 1912 qu’elle ouvre sa propre maison de couture, au 222 rue de Rivoli, mais la Grande guerre la contraint de la fermer en 1914. Dès sa réouverture en 1918, elle impose sa modernité et connaît le succès. En 1923, sa maison de couture se trouvant à l’étroit, elle aménage un hôtel particulier, situé au 50 Avenue Montaigne. Elle confie au décorateur Georges de Feure l’aménagement de ses salons dans le style Art déco, faisant de ce lieu un véritable temple de la mode à la conquête d’une clientèle internationale des plus raffinées. L’organisation de la maison de couture fait preuve d’un réel esprit d’avant-garde. En femme engagée, Madeleine Vionnet dirige sa maison de couture comme une entreprise moderne emprunte d’un esprit social peu courant pour l’époque. Soucieuse du bien-être de ses employées, la nouvelle installation offre différents services sanitaires et sociaux : une cantine, un cabinet médical et dentaire gratuits pour le personnel et leur famille ainsi qu’une crèche. Enfin, elle accorde des congés payés et des congés de maternité plus avantageux que ne l’imposent les lois sociales de l’époque.

En visionnaire éclairée, elle soutient « l’Association pour la défense des Arts Plastiques et Appliqués » dont l’objectif principal est de protéger les intérêts de l’industrie de la Haute Couture en s’opposant à la contre-façon. Elle ferme sa maison de couture en 1939 lorsque la guerre éclate, elle est alors âgée de 63 ans.

En 1952, Madeleine Vionnet fait une donation exceptionnelle à l’Union Française des Arts du Costume qui rassemble 122 robes, 750 toiles patrons, 75 albums photographiques de copyrights, des livres de comptes et des ouvrages issus de sa bibliothèque personnelle. Par cette démarche, elle fut la première couturière à avoir conscience de la nécessité de conservation de son patrimoine relevant de l’intérêt collectif, ce fonds est désormais conservé par Les Arts Décoratifs.

L’exposition retrace de façon chronologique, la carrière exceptionnelle de Madeleine Vionnet de 1912 à 1939. Le premier étage, dont les modèles datent des années 1910 aux années 1920, met l’accent sur les caractéristiques propres aux créations de la couturière que sont : la structure et le décor du vêtement. Technicienne hors pair, elle pousse le raffinement à l’extrême pour atteindre une pureté absolue des lignes, grâce à une parfaite maîtrise des propriétés intrinsèques du textile, de la coupe du vêtement et de son placement sur le corps. Elle puise son inspiration à la source des civilisations. Fascinée par la Grèce antique, elle tente de réinventer le drapé libre en réduisant les coutures et les attaches. Avec le biais, qu’elle systématise et généralise à l’ensemble de la robe, le tissu s’échappe et flotte, moulant ainsi souplement le corps des femmes sans le contraindre ou s’enroule en drapé.

C’est à cette époque aussi qu’elle oriente ses recherches autour des formes géométriques que sont le carré et le rectangle, qu’elle expérimente sur une poupée de bois de taille réduite qui lui permet d’agencer plus aisément ces formes avant de faire confectionner le modèle en grandeur nature. Perméable aux idées modernistes de son époque, Madeleine Vionnet modifie ainsi la conception traditionnelle du vêtement. Ses préoccupations intellectuelles l’apparentent à celles des peintres puristes, Amédée Ozenfant ou Le Corbusier qui refusent toute anecdote pour ne garder que l’essence des formes géométriques aux vertus plus architecturales que picturales.

Le décor vient agrémenter la structure des pièces avec des motifs floraux – telle la rose qu’elle affectionne tout particulièrement - brodés, coupés, tressés ou incisés sur des matières comme le tulle, la laine mais aussi la fourrure. Elle utilise une gamme de couleurs réduites : le rouge, le jaune et chaque collection comporte systématiquement des modèles en blanc et en noir. En 1929, maniant à la perfection le carré et le rectangle, Madeleine Vionnet introduit le cercle permettant à la robe d’être plus près du corps.

Au second étage, le visiteur découvre les créations des années 30, présentées année par année. Au centre de l’ensemble du parcours, des vitrines thématiques explorent le travail de la couturière en soulignant certaines particularités telles les franges, l’introduction du cercle, l’étiquette comportant sa griffe.

La collaboration avec des décorateurs ou dessinateurs tels Georges de Feure ou Thayaht est également révélée dans le parcours.

Afin de pouvoir exposer cette sélection de modèles, Les Arts Décoratifs ont entrepris, depuis 2007, une vaste opération de restauration entièrement soutenue par Natixis, dans le cadre de sa politique de Mécénat Patrimoines d’hier, Trésors d’avenir. Depuis 2003, Natixis s’engage auprès des plus grandes institutions culturelles pour rendre accessible au plus grand nombre les œuvres du patrimoine national, en faciliter l’analyse scientifique et la restauration. C’est dans cette démarche que Natixis a précédemment mené des projets tels que l’acquisition de la Jeune Fille à la gerbe de Camille Claudel aux côtés du musée Rodin, l’étude des célèbres Globes de Coronelli avec le C2RMF et la BnF, la restauration des tapisseries manquantes de la Tenture d’Artémise pour la Manufacture des Gobelins ou bien encore l’exposition Babylone avec le musée du Louvre.

Andrée Putman, signe la scénographie de cette exposition. Figure incontournable de la scène internationale du design contemporain, elle a contribué à faire connaître dans les années 80 les architectes et créateurs contemporains de Madeleine Vionnet : Jean Michel Frank, Eileen Gray, Pierre Chareau, Robert Mallet Stevens dont elle a réédité les objets les plus emblématiques.

Le catalogue de l’exposition met en parallèle les chefs-d’œuvre de la collection des Arts Décoratifs, photographiés par Patrick Gries, avec le regard des plus grands photographes de mode des années 1920-1930 et de précieux documents d’archive. Les textes retracent le parcours de Madeleine Vionnet, analysent la spécificité de ses créations et étudient sa relation avec les artistes décorateurs de l’époque.

11 COMMENTAIRES
  • A quand la prochaine expo ?
    11 novembre 2013 16:52, par sea

    Pour tous ceux qui n’ont pas eu la chance d’admirer la 1re...

  • D’accord...
    26 novembre 2012 00:32, par Severine

    D’accord avec la plupart des commentaires précédents, je suis très heureux d’avoir pu découvrir cette exposition sur votre site.

    Le sticker pour la décoration c’est idéal.
  • Merci
    13 octobre 2010 18:26, par Marion

    J’ai adoré cette exposition de mode et je veux remercier l’option mouvement culturel de mon collège de m’y avoir emmené.

  • Renseignement
    3 mars 2010 17:31

    Bonjour,

    Est ce que Madeleine Vionnet a un site internet où l’on peut visionner ses créations ? ps : la fonctionnalité de pouvoir télécharger les articles en pdf est vraiment un grand plus ! Fredj de kit xenon

  • Musée de la mode
    21 février 2010 19:26, par Bruno NICODEMO

    Je ne connaissais pas Madeleine VIONNET, une conférencière exceptionnelle, véritablement passionnée par la haute couture, nous a expliqué l’architecture des robes de la maison Vionnet exposées au musée de la Mode, ce qu’était le biais inventé par la créatrice, ses sources d’inspiration. Cette conférencière nous a conseillé entre autre la lecture du livre « La chair de la robe » de Madeleine Chapsal, fille de Marcelle CHAUMONT, une grande créatrice elle aussi. Un régal pour découvrir de l’intérieur l’époque Vionnet et l’industrie de la Mode. Merci merci à cette conférencière sans qui l’exposition ne se serait adressée qu’à des initiés.

  • ne pas oublier Marcelle Chaumont
    7 décembre 2009 11:42, par Jérôme Hesse

    Je souhaiterais que l’on n’oublie pas ma grand-tante Marcelle Chaumont (1891-1990), première d’atelier de Madeleine Vionnet, qui a également travaillé avec Jeanne Lanvin et a crée sa propre maison. Le fameux drapé Vionnet lui doit beaucoup. Les deux femmes étaient d’ailleurs très proches, et sa fille, l’écrivain Madeleine Chapsal, est la filleule de Madeleine Vionnet.

  • BEAUTÊT
    12 novembre 2009 17:11, par Mylena

    Je n`ecrie pas trés bien en Français, j`ai vue a la télé cette femme incroyablement futuriste, un genie de la couture, d`un bon gout ! Un modernisme mervelheus ! je suis vrémente trés surprise !! Il y auraut t`ill une possibilité de venir a Rio de Janeiro au Brésil ?

    mERCI !

    Mylena

  • Je l’ai connue
    15 août 2009 16:22, par scatach

    Madeleine Vionnet était la cousine germaine de ma grand mère. elle venait tous les ans dans notre famille, boire du lait frais ,manger une tartine de beurre ;une vraie puriste.......... Elle m’hébergeais (Square Antoine Arnault) chaque fois que je me rendais à Paris ,c’était alors une très vieille dame toujours intêressée par le monde de la couture , j’ai croisé, Jacques Griffe, et Balenciaga..............

  • un hommage éblouissant
    10 août 2009 17:58, par catherine meuwese-montaigne

    Une exposition très bien documentée qui met en valeur le génie de Madeleine Vionnet. Tout le monde s’y retrouve : les spécialistes de la mode, mais aussi ceux qui sont épris d’esthétisme et de rêve. La femme se retrouve à travers les créations de Madeleine Vionnet. Tout un univers est recrée. Il mérite qu’on s’y attarde.

  • à conseiller
    23 juillet 2009 14:54, par Lola

    j’ai découvert Madeleine Vionnet à travers cette magnifique exposition, une très belle scénographie, des cartels lisibles et originaux. Je ne peux que conseiller au plus grand nombre de s’y précipiter

  • Magnifique...
    22 juillet 2009 17:30, par Aline

    Encore une très belle exposition dont le musée de la Mode et du textile a le secret... Je ne connaissais pas Madeleine Vionnet et la découvre émerveillée. Merci !

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