Œuvres miniatures, conçues pour un être aimé, destinées à un marché restreint de connaisseurs, ces bijoux sont aussi pour les artistes l’occasion de se confronter à des contraintes de matériau ou d’échelles différentes. […]

Toutes ces œuvres, et tant d’autres, constituent un musée miniature qui se porte au poignet, au cou ou au doigt. Elles proposent un regard nouveau sur cette création qui adapte le vocabulaire plastique de l’artiste aux exigences évidentes du bijou, telles que la taille, le poids, la portabilité… […]

Parce qu’elles racontent une certaine histoire de l’art, faite d’exclusivité et de passion, ces œuvres ont, me semble-t-il, une place particulière à occuper dans les musées. À première vue, peu ou rien ne les distingue des sculptures dont elles sont souvent les formules réduites, mais leur raison d’être, ainsi que leur destination, leur dimension et plus particulièrement la proximité valorisante qu’elles impliquent avec le corps en font des objets d’art à part entière.

Lucio Fontana, bracelet Elisse Concetto Spaziale, 1967
Édition 5/150 par Gem Montebello. Argent, laque. Collection Diane Venet
Photo : Philippe Gontier, Paris © Fondation Lucio Fontana, Milano / by SIAE ADAGP, Paris, 2018

Ces bijoux sont en effet conçus pour être portés, même si certains sont éphémères ou très délicats. Lorsque j’en choisis un dans ma collection pour une occasion particulière, je suis toujours très sensible à sa proximité, à la relation d’intimité que cette forme entretient avec l’art. […] L’histoire de ma collection est donc en grande partie celle de mes amitiés dans le milieu de l’art. Elle est aussi le fruit de mes voyages au cours desquels je traque la pièce rare. Il est en effet très fréquent que la trace de certains bijoux d’artistes soit perdue. Je mène donc l’enquête, au gré de mes rencontres, essayant de suivre la piste mystérieuse de ces objets de désir. […] Je collectionne donc des formes, des partis pris esthétiques mais aussi des récits de vie. Ces œuvres resplendissent de l’amour, de l’amitié, du défi qui ont présidé à leur création. Il n’en fallait pas plus pour que ma passion évolue en collection, et mon plaisir est aujourd’hui d’offrir, à mon tour, ces bijoux au regard des autres. […]

Les histoires de l’orfèvrerie et de la création artistique ont longtemps été intimement mêlées. C’est à partir du XVIe siècle qu’elles prennent des directions différentes. Peintres et sculpteurs commencent à être considérés comme des artistes alors que les orfèvres, malgré leur virtuosité, sont toujours perçus comme des artisans.

Dès lors, ces disciplines évoluent indépendamment, au gré d’inventions techniques et de révolutions du regard propres à leur histoire. Au XXe siècle, le fossé entre ces deux types de production semble infranchissable. Les arts plastiques se sont ouverts à l’immatériel, à l’éphémère ou au concept, autant de caractéristiques qui semblent étrangères au bijou. L’orfèvre est resté au service de ses matériaux, la valeur de son travail se mesurant bien souvent en carats. Si c’est la rareté qui valorise les pierres précieuses, c’est le geste culturel, le geste rare et créatif d’artistes exceptionnels et reconnus mondialement qui l’emporte pour une autre histoire du bijou qui s’écrit aujourd’hui…

Man Ray, masque Optic Topic, 1974
Or. Édition 79/100 par Gem Montebello. Collection Diane Venet
Photo : Didier Ltd, London © MAN RAY TRUST Adagp, Paris 2018

À une époque où les œuvres de commande se font de plus en plus rares, les bijoux d’artistes font figure d’exception. Souvent réalisés en pièce unique ou en petite édition, ils sont le plus couramment pensés pour une personne en particulier. La trace de cette relation entre le créateur et le destinataire de l’œuvre est sans doute une des raisons de la fascination qu’exercent ces sculptures miniatures portables et tandis qu’elles sont rarement réalisées pour des raisons commerciales, elles valent infiniment moins cher que les tableaux ou les sculptures de leurs auteurs. […]

Certains artistes majeurs, hommes ou femmes, s’y sont intéressés, par amour pour leur compagne, pour leur fille, par défi ou par goût pour cette forme particulière. Au XXe siècle, le bijou est aussi une forme de création très répandue chez les artistes femmes, car à l’expérience formelle que présentent ces œuvres miniatures s’ajoute sans doute la joie de pouvoir porter soi-même ses créations ! […]