Mars 1998 : « Un mariage contre nature. Un créateur déjanté lâché dans une maison bien sous tous rapports. […] Martin Margiela chez Hermès. D’un côté, un créateur hautement cérébral, qui n’hésite pas à faire porter par ses mannequins des fragments de vêtements volontairement non terminés. Et, de l’autre, un sellier centenaire chez qui il y a de la rombière dans l’air » (Sibylle Vincendon, Libération).

En effet, quand, en 1997, le jeune styliste flamand est appelé par Jean-Louis Dumas, président d’Hermès, pour assurer la direction artistique des collections de prêt-à-porter, il est déjà un concepteur d’avant-garde influent : diplômé de la section mode de l’Académie royale des Beaux-Arts d’Anvers, il a été l’assistant de Jean Paul Gaultier dès 1984. Et dans la foulée de son premier défilé (1988), il a fondé la Maison Martin Margiela.

D’où vient donc la force d’une telle association qui s’achèvera en 2003 ?

On sait que la maison Hermès n’est familière ni des coups de tête ni de la complaisance médiatique. De son côté, Margiela possède sa propre maison et, comme Hermès, il préfère aux images les vertus du secret, en refusant photos et interviews. Mais avant tout, comme Hermès, il cultive une approche épurée de l’habit, prête la plus grande attention aux matières, y compris nouvelles et recyclées ; il a le goût pour l’innovation et sait ce que l’atelier exige de patience et de minutie.

Aussi, au fil de douze collections audacieuses, propose-t-il de véritables chefs-d’œuvre de technicité, de clarté et de modernité. Cet ouvrage rend hommage, par l’image, le témoignage et l’analyse, à cette courte mais très riche « période » Hermès, et se propose d’éclairer les interactions entre l’un des designers phares de ce début de siècle et la célèbre maison parisienne au patrimoine ancestral.