Maison Martin Margiela, Printemps / Été 1997
Photo : Stany Dederen

À l’heure où nombre de musées s’interrogent sur la manière de réinventer les expositions de mode, il paraît plus que jamais pertinent de s’intéresser à ceux qui ont réinventé la mode tout court. Leurs noms scandent l’histoire moderne et contemporaine. Chaque domaine a sa généalogie arborée, et celle de la mode réserve, dans le foisonnement de ses feuillages, des branchages plus pérennes que d’autres. Depuis la fin des années 1980, Martin Margiela fait sans nul doute partie de ces derniers : en plus de deux décennies, il aura marqué les esprits. Pour un créateur rare et discret, le fait qu’au printemps de cette année 2018 deux institutions parisiennes, le palais Galliera et le Musée des Arts Décoratifs, lui consacrent chacune une exposition majeure, dit beaucoup de l’enthousiasme suscité par son travail depuis 1988.

Hermès, Automne / Hiver 2001-2002
Photo : Ralph Mecke

En visitant en mars dernier l’exposition « Margiela, les années Hermès », conçue et organisée par le Musée de la mode d’Anvers (MoMu), l’idée s’est vite imposée de présenter ce projet au Musée des Arts Décoratifs à Paris. Dans un musée comme le nôtre, l’œuvre de Martin Margiela pour elle-même et son travail de directeur artistique pour les collections femme de la maison Hermès de 1997 à 2003 prennent tout leur sens : le « sens de l’objet », celui des formes, des métiers, des matières, des techniques.

C’est une proposition différente de celle présentée à Anvers, mais dans le même esprit, que Martin Margiela lui-même a retravaillée à l’occasion de cette étape parisienne. Je tiens à le remercier très chaleureusement pour son implication dans la mise en oeuvre de ce projet. À ses côtés, Bob Verhelst a mis un sens du détail sans égal à proposer une traduction pertinente du projet anversois, en dialogue avec Marie-Sophie Carron de la Carrière, conservateur en chef au Musée des Arts Décoratifs, qui connaît Martin de longue date et qui, très tôt, a constitué une grande part de la collection Margiela conservée au palais Galliera. (...)

Maison Martin Margiela, Automne / Hiver 1991-1992
Photo : Marina Faust

Une exposition se pense pour les publics qui viendront l’admirer autant que pour les spécialistes qui savent chaque nuance. Ici, la magie respective de deux univers joue du dialogue continu entre le blanc Margiela, celui de l’étiquette cousue de quatre points, et l’orange Hermès, couleur unique devenue légendaire. Au cœur des concepts clés d’identité et d’unité, l’exposition invite le visiteur à associer par le regard ce qui fait l’essence d’un créateur comme Margiela, la tradition ancestrale de la maison Hermès et le fruit inattendu de ces deux mondes, un singulier pluriel.