Considéré comme l’un des créateurs les plus atypiques et mystérieux de sa génération, Martin Margiela fait partie des rares stylistes à avoir radicalement bousculé et renouvelé l’univers de la mode. Après avoir fondé sa propre marque sous l’appellation Maison Martin Margiela, en 1988, il décide, dès ses débuts, de faire de l’anonymat l’une de ses caractéristiques essentielles refusant de faire apparaître son nom sur ses créations dont l’étiquette blanche cousue par 4 points devint le signe de reconnaissance. Le fameux « blanc de Meudon » est choisi comme signature pour ses défilés et pour les tenues du personnel vêtu d’une même blouse immaculée. Dès lors, Martin Margiela développe un travail à contre-courant d’une époque de logomania et de standardisation, qui s’esquisse alors déjà à grande échelle. Il surprend avec ses coupes construites-déconstruites, ses volumes oversize, ses matières recyclées ou encore ses tissus monochromes qui soulignent l’aspect artisanal de ses créations.

Hermès, Automne / Hiver 1998-1999
Photo : Studio des Fleurs

Lorsqu’en octobre 1997, Jean-Louis Dumas, alors président et directeur artistique d’Hermès, demande à Martin Margiela de dessiner les collections de prêt-à-porter femme, ce dernier est déjà considéré depuis près d’une décennie comme l’une des figures avant-gardistes les plus influentes. Cependant, il s’agit alors d’un choix audacieux, en rupture avec les tendances de l’univers de la mode, plus enclin à engager des stylistes « stars ». La maison Hermès crée donc la surprise en faisant appel à ce créateur iconoclaste dont personne ou presque ne connaît même le visage. Il n’a d’ailleurs jamais accordé le moindre entretien.

De 1997 à 2003, accompagné par l’expertise du studio et des ateliers de la maison Hermès dont il partage les valeurs, Martin Margiela instille, à travers douze collections consécutives, une vision cohérente et profonde d’un luxe contemporain. Confort, intemporalité, sensualité, authenticité sont les maîtres mots définissant sa vision de la femme Hermès associée à un style épuré. La nouvelle palette de couleurs sobres et monochromes qu’il impose s’éloigne de l’univers coloré des imprimés Hermès et suscite l’étonnement auprès de la presse.

Dès l’entrée de l’exposition, le visiteur découvre deux styles distincts qui amorcent un dialogue passionnant entre les vêtements que Margiela a créés pour Hermès et ceux qu’il a réalisés pour sa propre Maison. L’ensemble se déroule dans une succession de séquences thématiques de plus de 100 silhouettes, de photographies et de vidéos selon un parcours où se répondent l’orange de la maison Hermès et le blanc de la Maison Martin Margiela.

Maison Martin Margiela, Printemps / Été 2009
Photo : Etienne Tordoir

Ainsi le visiteur appréhende un processus créatif qui navigue sans confusion entre les deux maisons et chacun de leurs codes. Des vidéos récentes mettent en scène aujourd’hui des femmes qui ont défilé pour lui il y a une vingtaine d’années. C’est la première fois que le Musée des Arts Décoratifs s’intéresse à un fait majeur de l’histoire de la mode, quand un créateur se dédouble entre sa collaboration pour d’autres Maisons et la sienne.

Conceptuel, subversif, Martin Margiela a totalement remis en cause le système de la mode à la fin des années 1980 et ses créations laissent encore de nos jours leur empreinte dans l’univers de la mode contemporaine. Une silhouette avant-gardiste basée sur la déconstruction, le recyclage et la récupération des matières. Il introduit chez Hermès une épure de la coupe et des couleurs s’appuyant sur les matières d’exception du sellier parisien et intégrant de nombreuses innovations. L’exposition au Musée des Arts Décoratifs rend hommage à cette figure incontournable de la mode.

Exposition « Margiela, les années Hermès » jusqu’au 2 septembre 2018
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