Suzanne Lalique et la scène

du 16 mars au 17 juin 2018

À l’occasion de la Semaine du dessin, dédiée cette année aux arts du spectacle, le Musée des Arts Décoratifs présente une exposition consacrée aux rapports privilégiés que Suzanne Lalique (1892-1989), fille du célèbre verrier René Lalique, a entretenus avec l’univers de la scène. Présentée du 16 mars au 17 juin 2018 au Musée Nissim de Camondo, cette exposition permet de revenir sur sa contribution pour le théâtre, et notamment la Comédie-Française, où elle dirige les ateliers de décors et de costumes pendant plus de trente ans (1938-1971).

Tour à tour peintre, dessinatrice, scénographe ou costumière, Suzanne Lalique est une personnalité touchante dont les créations, tout en finesse, laissent percevoir le raffinement de son travail. Les maquettes en volumes, croquis et échantillons textiles présentés à cette occasion offrent au visiteur un aperçu de cette face souvent cachée du théâtre. Le Musée des Arts décoratifs, dont le département des arts graphiques rassemble plus de 180 000 dessins, conserve également quelques-unes des plus remarquables productions de Suzanne Lalique, mises en lumière au Musée Nissim de Camondo.

Maquette de costume de théâtre avec échantillons de tissus
© MAD, Paris

Aujourd’hui trop méconnue, Suzanne Lalique a produit des œuvres d’une sensibilité empreinte de délicatesse couvrant des domaines variés : elle a dessiné des modèles pour les créations de son père René Lalique, pour la Manufacture nationale de Sèvres et pour les porcelaines Haviland de Limoges ; elle a peint et inventé des décors d’intérieur, avant de travailler pour l’opéra et le théâtre. Suzanne Ledru-Haviland, dite Suzanne Lalique, grandit dans un milieu artistique, marqué par la figure de son père, René, le célèbre joaillier et verrier, mais aussi de sa mère Alice Ledru, sculpteur, comme son grand-père Auguste Ledru. Elle ne suit pas de cursus académique mais se forme vraisemblablement auprès de ses parents et au contact des dessinateurs des ateliers de la maison Lalique, installés dans l’hôtel particulier du Cours La Reine.

Dans le cercle familial, elle côtoie trois hommes de lettres qui restent ses amis fidèles, Jean Giraudoux, Paul Morand et Édouard Bourdet. Ce dernier, devenu administrateur général de la Comédie-Française, fait appel à ses talents. Le photographe américain d’avant-garde Paul Haviland, qu’elle épouse en 1917, lui offre un soutien sans faille et ajoute à cette constellation artistique les mondes de la photographie et de la porcelaine.

À l’âge de 18 ans, en 1910, Suzanne Lalique connaît un véritable choc esthétique en découvrant, à l’Opéra de Paris, les Ballets russes à travers la représentation de Shéhérazade, dont Léon Bakst a écrit le livret et dessiné les décors et les costumes. Elle se la rappelle encore quelques années plus tard, quand, pour occuper des vacances estivales en famille, elle fabrique « de merveilleux costumes avec de vieilles tentures » pour imiter Nijinsky et Karsanina et donner « une grrrrande représentation ».

Maquette en volume pour un décor de théâtre
© MAD, Paris

Si son père semble lui avoir demandé très tôt des modèles, elle expose sous son nom, dès 1912, au Salon d’Automne, des aquarelles pensées pour des impressions sur étoffe. Si les jeux théâtraux et les bals costumés animent son quotidien, c’est par la peinture que Suzanne Lalique entre à la Comédie-Française.

En 1937, Édouard Bourdet, récemment nommé administrateur du théâtre, lui emprunte des toiles pour orner le décor qu’André Boll conçoit pour la pièce d’Alfred de Musset, Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée. Dès l’année suivante, en 1938, Suzanne Lalique est nommée chef décoratrice de la Comédie-Française, et a pour mission la réorganisation et la direction des ateliers de décors et de costumes, qu’elle s’attache à faire travailler ensemble. Pendant un peu plus de trois décennies, elle pose sa touche personnelle sur quelque quatre-vingts pièces.

Étude de coiffes pour « Le Bourgeois gentilhomme » de Molière, joué à la Comédie-Française en 1951
© MAD, Paris

Parmi celles-ci, Le Bourgeois gentilhomme de Molière, mis en scène par Jean Meyer en 1951, connaît un succès à Paris mais aussi en tournée internationale et contribue à fixer ce qui est appelé le style du Français. Les œuvres de Suzanne Lalique servent le répertoire qui lui est confié, Molière comme Pirandello, Feydeau comme Montherlant, en privilégiant la mesure et la vraisemblance sur l’emphase.

Aussi ses dessins de costumes couvrent toute l’histoire du vêtement, depuis un Amphitryon en cuirasse antique jusqu’à des créations qui s’inspirent des couturiers de son temps.

Pour répondre à ce souci constant d’éviter tout anachronisme dans ses créations, Suzanne Lalique se documente. Son objectif paraît moins d’évoquer les décors de la période au cours de laquelle se déroule l’action que la manière dont on les représentait au moment de l’écriture de la pièce.

Maquette de costume pour Polidas dans « Amphitryon » de Molière joué à la Comédie-Française en 1957
© MAD, Paris

Ainsi, les décors d’Amphitryon de Molière (Comédie-Française, 1957) puisent aux sources du XVIIe siècle et non de l’Antiquité. En 1930, Jean Giraudoux écrit de Suzanne Lalique qu’elle se livre, depuis sa naissance « à une opération étrange de politesse envers la vie et son décor ». Ses tableaux témoignent d’un goût discret et déférent pour les objets, qu’elle aime assembler, associer, assortir dans des harmonies chromatiques délicates.

Ce goût ne la quitte pas. Ses tableaux demeurent des fenêtres sur un monde recomposé, harmonisé. Cet art du déploiement et redéploiement d’un motif qui traverse toute son œuvre se glisse furtivement dans ses études pour Le Bourgeois gentilhomme. On le retrouve dans ses recherches pour les coiffes, les caftans, les étoffes, comme aussi dans sa présentation des échantillons de tissus. Qu’elle se consacre à la peinture, au verre, à la porcelaine ou à la scène, sa manière personnelle tient du nuancier.

Maquette pour décor de théâtre
© MAD, Paris

Si le Musée des Arts Décoratifs lui rend hommage aujourd’hui, c’est avant tout parce que les liens historiques qui l’unissent à Suzanne Lalique sont nombreux. Dès 1923, elle présente des œuvres à la première exposition d’art décoratif contemporain organisée par l’Union centrale des arts décoratifs, ancêtre du MAD. Tout au long de sa carrière, elle fréquente sa bibliothèque, et s’imprègne des albums de Jules Maciet dont l’œuvre nourrit sa réflexion, comme l’attestent ses carnets de notes et de croquis. Enfin, en 1997, le musée acquiert un important fonds des œuvres de l’artiste, grâce à la générosité de ses enfants Nicole Maritch-Haviland et Jack Haviland, et de Michel et d’Hélène David-Weill, dont une sélection est dévoilée à l’occasion de l’exposition « Suzanne Lalique et la scène ».

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