Nouveau parcours des collections de design du Musée des Arts Décoratifs

Le 19 octobre 2018, le Musée des Arts Décoratifs dévoile son nouvel écrin dédié au design en proposant un panorama unique de la création moderne et contemporaine des années 1940 à nos jours.

Un niveau supplémentaire vient s’ajouter à l’espace qui lui était précédemment consacré dans le Pavillon de Marsan : désormais l’ensemble couvre au total 2 100 mètres carrés. Ce nouveau parcours propose une vision à la fois globale et transversale des collections de design, dont le musée conserve l’une des plus importantes au monde. En privilégiant une approche thématique et pluridisciplinaire, il offre au public une expérience de visite inédite.

Dans une scénographie confiée à Normal Studio, le parcours invite le visiteur à cheminer dans l’univers éclectique et foisonnant du design avec plus de 1 000 œuvres dont certaines ont été conçues par des créateurs incontournables à l’instar de Jean Prouvé, Charlotte Perriand, Roger Tallon, François-Xavier et Claude Lalanne, Philippe Starck, Jasper Morrison ou Iris van Herpen. Au design et aux arts décoratifs font écho les arts graphiques et la mode mais aussi les papiers peints, les jouets, les verres et la photographie.

Des créations phares aux acquisitions récentes en passant par des pièces de nos fonds jusqu’alors jamais exposées, c’est une nouvelle vision de ses collections que présente le Musée des Arts Décoratifs.

Tapio Wirkkala, Bouteilles, 1966
Musée des Arts Décoratifs. Acquis grâce à la générosité de Michel et Hélène David-Weill
© MAD, Paris / photo : Jean Tholance. ADAGP, 2018

Le musée a rouvert en 2006 avec un parcours fondé sur une approche chronologique, du Moyen Âge à nos jours. Le Pavillon de Marsan accueillait alors le département moderne et contemporain sur cinq étages. La visite débutait avec l’Exposition Internationale des Arts et techniques de 1937 pour se terminer au tout début du XXIe siècle.

Douze ans après, le musée repense le traitement muséographique et spatial d’un département dont le fonds ne cesse de s’enrichir. En effet, les collections se sont considérablement développées grâce, notamment, à la création en 2011 du Cercle Design 20/21, club rassemblant des amateurs de design, mais aussi à la faveur de grandes donations ; c’est au total plus d’un millier d’œuvres nouvelles qui ont fait leur entrée au musée depuis 2006.

Accompagnant cette opération d’envergure, l’institution renouvelle son identité en 2018 et revendique la singularité du Musée des Arts Décoratifs en plaçant l’objet au cœur de la vie de l’institution, que ce soit dans le champ des métiers d’arts, des arts appliqués ou de la création industrielle. En couvrant les différents domaines des arts décoratifs, mobilier, céramique, textile, mode, verre, affiche, jouet et graphisme, le musée est un lieu unique pour découvrir l’évolution culturelle de la société à travers ses artefacts.

François-Xavier Lalanne, secrétaire Deuxième Rhinocéros, 1966
Laiton, corne de rhinocéros, bois gainé tôle de laiton, queue en cuir avec armature en acier. Musée des Arts Décoratifs. Acquis grâce au mécénat de GRoW@Annenberg
© MAD, Paris / photo : Jean Tholance. ADAGP, 2018

Une des ambitions de ce projet est de permettre une visite plus fluide et un accès plus immédiat aux œuvres contemporaines visibles dès le début du parcours. En privilégiant une approche thématique, il permet d’entrecroiser avant-gardes et postmodernisme, créant une autre lecture des collections. Il donne ainsi des clés de compréhension de l’histoire du design dont l’engouement est devenu croissant.

Jean Prouvé, Chauffeuse Antony, 1954
Musée des Arts Décoratifs. Don du CROUS de l’Académie de Versailles, 2002
© MAD, Paris / photo : Jean Tholance. ADAGP, 2018

En guise d’introduction à la visite, le parcours débute sur le palier du niveau 3, où le public peut admirer une sélection d’œuvres emblématiques des collections du musée, du Moyen Âge à nos jours. Une enfilade de salles lui permet ensuite de parcourir la création contemporaine déployée à travers des thématiques propres à six décennies. Parmi ces thèmes : l’œuvre prolifique de Philippe Starck, figure emblématique de cette discipline, jusqu’aux créations les plus innovantes issues des procédés technologiques et du numérique. Ce niveau invite également à découvrir les précurseurs dans la promotion du mobilier moderne comme la galerie Steph Simon avec les figures de Charlotte Perriand et Jean Prouvé ou du magasin Prisunic qui s’attache, dans les années 1970, à promouvoir un nouvel art de vivre au quotidien. Enfin, une attention particulière a également été portée à la scène internationale, notamment italienne et japonaise.

Zaha Hadid, Papier peint Zaha Hadid, Hommage, 2015
Papier peint à motif répétitif à raccord droit. Musée des Arts Décoratifs. Don Marburger Tapetenfabrik, 2017
© MAD, Paris / photo : Jean Tholance

À cette enfilade viennent s’ajouter les cinq niveaux du Pavillon de Marsan, rénovés à cette occasion, qui mêlent et confrontent les créations des différentes décennies. Des thèmes chers au monde contemporain sont évoqués, à l’exemple de l’enfance ou du jeu, deux terrains d’exploration féconds dans l’ameublement et la décoration intérieure mais également la mode et le graphisme. Les collections sont aussi présentées sous le prisme du rêve et de la fantaisie, mettant en lumière les dimensions les plus oniriques des réalisations de meubles et d’objets, ou bien celui de la poésie, qui, incarnée dans la céramique et le verre, invite à la contemplation de matières éminemment expressives.

Signature esthétique et historique du Musée des Arts Décoratifs, les period rooms ponctuent aussi le parcours et invitent à une immersion dans des réalisations majeures. Le visiteur peut découvrir l’aménagement d’une chambre conçue par Jean Prouvé pour la Cité Universitaire d’Antony ou bien la cuisine de Le Corbusier réalisée d’après un projet de Charlotte Perriand pour la Cité radieuse de Marseille.

C’est aussi l’occasion de découvrir des donations de premier ordre comme celle de Roger Tallon, grande figure du design industriel français. Une section dédiée retrace l’évolution du siège, élément incontournable du mobilier, présentant environ 60 réalisations, rappel à l’autre événement « Les assises du siège contemporain » qui s’est tenu en mai 1968 au musée.

Muller Van Severen, Installation S, 2012
Cuir, laiton, polyéthylène. Musée des Arts Décoratifs. Acquis grâce à la générosité des membres du Cercle Design 20/21
© MAD, Paris / photo : Jean Tholance

La visite est également rythmée par des mouvements influents comme Memphis qui s’affranchit des conceptions énoncées par le Bauhaus pour introduire des notions de liberté et d’humour dans le design. Elle plonge le visiteur dans les propositions les plus rigoureuses et formelles qui existent dans le design mais également dans l’un des matériaux qui a façonné la modernité : le plastique. Elle permet enfin de remettre à l’honneur l’exceptionnelle donation de Jean Dubuffet qui est intégrée au cœur de ce parcours, alors que marginalisée dans l’accrochage précédent.

Cette présentation nouvelle des collections, enrichie de maquettes, de films et de documents d’archives, rend à ce lieu emblématique sa vocation plurielle : vivier de créations et de créateurs, miroir entre l’usage et l’usager, passerelle entre pratiques professionnelles et amateurs. De la poésie surréaliste à l’humanisme numérique, c’est une relecture joyeuse et inédite que propose le Musée des Arts Décoratifs.