Don de l’atelier Formes vives

Né en 2007 du collectif formé par Nicolas Filloque, Geoffroy Pithon et Adrien Zammit, tous trois issus de l’Ecole nationale supérieure des Arts décoratifs à Paris (EnsAD), l’Atelier Fomes Vives, entre Bretagne, Pays de la Loire et Auvergne, oriente sa production selon nombre d’hypothèses de travail comme autant d’engagements qui, formulés en 38 articles dès 2009, donnent au collectif la voie sur laquelle créer. « Nous prenons la politique comme champ d’action […] Nous nous occuperons des interstices. Rendre précieux le commun est sans doute une fin en soi » peut-on lire entre autres. C’est donc à la défense de l’intérêt collectif que s’attachent les travaux de Formes Vives comme en témoignent leurs collaborations avec les journaux « Article 11 », « Existence ! » ou encore avec l’association Passer’elles. Dans un esprit collaboratif, Formes Vives s’est également vu confier l’identité graphique de plusieurs lieux culturels comme le Théâtre des 13 vents (CND de Montpellier) ou La lune des pirates, salle de concert à Amiens.

Une cinquantaine d’affiches du studio graphique Cyan

Le studio allemand Cyan, dont une cinquantaine d’affiches sont entrées récemment dans les collections du Département Design graphique et Publicité du musée des Arts décoratifs, compte parmi les ateliers les plus audacieux de la scène berlinoise de ces vingt dernières années.

Fondé en 1992 par Daniela Haufe et Detlef Fiedler, respectivement formés à la typographie et à l’architecture, Cyan travaille principalement pour les institutions culturelles. Les deux designers graphiques, qui se sont rencontrés chez Grappa, premier atelier graphique ouvert en RDA (1987), et qui ont été parmi les premiers utiliser les outils informatiques, ont toujours eu à cœur de considérer leurs commanditaires comme de véritables partenaires de travail pour apporter une réponse sensible à leurs souhaits. Associant précision technique et poésie visuelle, Cyan développe un langage graphique lumineux jouant sur des effets de superpositions photographiques ou de trame souvent riches de références. Selon Cyan, si le graphisme est un médiateur de contenu, il est aussi un élément essentiel de notre culture, il doit pouvoir transmettre une émotion, un savoir, poser question.

[Portrait de la famille Jacob], 1792

Ce portrait de famille constitue un document aussi rare qu’important, en effet, si les représentations de peintres ou de sculpteurs était fréquentes, les portraits d’artisans le sont beaucoup moins. Fondateur d’une dynastie de menuisiers ébénistes qui exercera jusqu’au règne de Louis Philippe, Georges Jacob (1739-1814) est à l’origine de l’utilisation de l’acajou en France dans la fabrication de sièges et de lits, bois initialement réservé à la fabrication de meubles comme des buffets ou des tables. Il est représenté dans la force de l’âge entouré de sa femme et de ses enfants.

Leur appartement de la rue Meslée à Paris est décoré à la mode, les fauteuils au dossier ajouré légèrement incurvé, couvert d’un papier peint orné d’une frise de personnages à l’antique sont les premiers exemplaires d’un modèle développé sous le Directoire. Au second plan, un paravent aux motifs arabesques rappelle les créations contemporaines de la manufacture Réveillon. Le piano forte serait l’œuvre de François Balthasar Péronard, voisin de la famille tandis que le métier à tisser rappelle la profession de brodeurs des ancêtres de la famille de madame Jacob.

Ce portrait de famille témoigne de l’ascension sociale de Georges Jacob qui était devenu un véritable chef d’entreprise dont la clientèle était des plus prestigieuses en France comme à l’étranger.

Habit, vers 1780

Le 30 novembre dernier, le Musée des Arts Décoratifs a préempté à l’Hôtel Drouot (maison de ventes Daguerre ; expert Raphaël Maraval-Hutin) un habit, daté vers 1780, taillé dans un velours de soie bleu roi et doté, pour seule ornementation, de dix-sept boutons (sur dix-huit) à rébus galants. Elégant par sa coupe rigoureuse et sa sobriété, l’habit provient probablement de la garde-robe de François-Louis de Monistrol (1761-1821), d’abord caissier et secrétaire de la Compagnie des Indes à Lorient, lorsque son père y était le contrôleur des ventes, puis directeur de la Compagnie en 1792 et maire de Lorient de 1809 à 1821.

Ce qui fait la rareté de cette pièce, ce sont les dix-sept boutons, tous différents et provenant d’un même ensemble. Chaque bouton, peint sur ivoire sous un verre légèrement bombé, cerclé de cuivre, illustre un rébus galant, révélateur du libertinage si cher au XVIIIe siècle.

Une fois les énigmes résolues, nous pouvons y lire : « Elle aime », « En elle, tout plaît », « Rose a su me plaire », « J’ai eu son cœur tout neuf », « Elle aime sans cesser », « Elle a pris mon cœur », « Elle illumine tout par sa beauté », « Elle a cédé à mon amour », « J’ai cassé son sabot », « Elle enchaîne les cœurs », « Elle m’a rendu son vainqueur », « Son cœur n’est plus à elle », « Déesse de mes pensées », « Ses yeux sont les flèches de l’amour », « Elle est l’amie de mon cœur », « Elle aime sans détour » et « Pour elle, je soupire ».

Il est rarissime de trouver un vêtement du XVIIIe siècle encore pourvu de la quasi-totalité de ses boutons aussi précieux. Cette pièce exceptionnelle est venue rejoindre les collections nationales de mode et de textiles au Musée des Arts Décoratifs et notamment l’ensemble remarquable de 3 500 boutons du XVIIIe au XXe siècle que le musée avait acquis en 2012.

Banquette de l’antichambre du pavillon « L’Art nouveau » Bing à l’Exposition universelle de 1900

Édifié sur l’esplanade des Invalides à l’occasion de l’Exposition universelle de 1900, le pavillon de la galerie « L’Art nouveau » offrait la synthèse des principes de décorations modernes diffusés par le marchand d’art Siegfried Bing ; à tel point que le nom de la galerie s’impose en France pour désigner ce nouveau courant. Conçue comme une antichambre, l’entrée principale du bâtiment était meublée de cette majestueuse banquette en noyer dessinée par l’architecte Eugène Gaillard. Dotée d’un miroir cintré, elle présentait sur ses étagères les céramiques diffusées par la galerie de Bing.

Récupérée après l’Exposition universelle par le porcelainier Émile Gérard, directeur de la manufacture GDA (Gérard-Dufraisseix-Abbot) qui fabriquait les porcelaines éditées par Bing, la banquette, meuble inédit, était restée jusqu’alors à Limoges. Acquise en vente publique le 30 novembre dernier, grâce au legs de M. Jean-Paul Teytaud, elle conserve son textile d’origine : un velours de soie orné d’applications de feutrine dessinant de larges volutes organiques faisant écho à celles du bois.

Théière, Alphonse Debain, orfèvre, Paris, 1900

Fils et petit-fils d’orfèvres parisiens établis depuis 1847 rue du Temple, Alphonse Debain fait insculper son poinçon en 1883 et s’installe au 79 rue du Temple où il succède à Philippe Berthier, spécialisé dans la petite orfèvrerie de table et l’orfèvrerie religieuse. Il présente ses premières réalisations à l’Exposition universelle de Paris de 1889 et obtient une médaille d’or pour ses couverts et un service de toilette d’après Thomas Germain : « M. Debain débutait à l’exposition de 1889, jeunes entre les jeunes, et se plaçait d’emblée parmi les meilleurs. Déjà son indépendance de la routine se montrait : alors que ses rivaux se confinaient dans le style Louis XV, il remontait à la Renaissance, non pour la copier, mais pour en tirer un service à thé et d’autres pièces ». À l’issue de cette exposition, Debain offre à l’Union centrale des arts décoratifs douze fourchettes et cuillers (inv. 6139 à inv. 6144) qui témoignent de son excellence technique et de la variété de ses modèles. Au Salon de 1898, il présente un bol aux pavots en argent dessiné par Auguste Arnoux que l’Ucad achète pour le faire figurer au sein de son pavillon de l’Exposition universelle de 1900 (inv. 8753).

Membre du jury de l’Exposition de 1900, il est hors concours mais présente ses dernières créations dans lesquelles « l’amour de la nature -et non la mode- l’a conduit à une stylisation de la flore très originale. ». Une photographie publiée en janvier 1901 dans la Revue de la bijouterie, joaillerie et orfèvrerie montre l’étonnant « meuble-coffre à argenterie » qu’il expose en 1900. Sur les étagères de ce meuble aux lignes sinueuses accentuées, trône la théière proposée en vente, aux côtés de vases, d’une saucière et d’un bassin, tous inspirés par la nature dans leurs formes et leurs ornements.

Démonstration de son savoir-faire et de ses modèles Art nouveau, la théière en argent doré adopte la forme d’un potiron dont le feuillage compose la prise du couvercle. Reposant sur quatre pieds en ceps de vigne, son bec verseur est un escargot émergeant d’épis de blé tandis que son anse, ponctuée de deux bagues en ivoire pour l’isoler de la chaleur, reprend le motif des peaux de serpent. Décorée sur sa panse de concrétions en argent, la théière semble sortir de terre et ses lignes sinueuses empruntées au végétal rappellent que l’Art nouveau puise ses racines dans le rapport de l’art japonais à la nature tout autant que dans le style rocaille.

L’exubérance du décor de la théière de Debain évoque le service à thé orné de lézards et d’un escargot que présente Lucien Falize à l’Exposition universelle de 1889 et qui est aujourd’hui exposé dans les salles Art nouveau du Musée des Arts Décoratifs.

Dès 1900, Debain semble s’être hissé au sommet de sa carrière et de son métier. Henri Bouilhet, alors directeur de la maison Christofle, le présente comme un « orfèvre jusque dans les moëlles. Il a travaillé quinze ans à l’établi : il peut guider ses ouvriers, reprendre l’outil pour leur enseigner ce que les plus habiles oublient quelquefois ». Chevalier de la Légion d’honneur et président du Syndicat des fabricants d’orfèvrerie d’argent, il est aussi, en ce début de XXe siècle, vice-président de la chambre syndicale de la bijouterie, de la joaillerie et de l’orfèvrerie de Paris. Absent dans les collections publiques hormis au Musée des Arts Décoratifs qui a valorisé ses créations depuis ses débuts, Debain est un orfèvre parisien emblématique du tournant du XXe siècle dont les œuvres forment, comme le pensait Henri Bouilhet, « un raccourci de l’orfèvrerie contemporaine. On y voyait l’art nouveau, l’art de transition et un peu d’art rétrospectif qu’on aimera toujours et qu’il ne faut pas désapprendre. »

7 dessins de Romain de Tirtoff dit « Erté »
Projet de broche pour Cartier
Romain de Tirtoff (1892-1990) dit « Erté ». Gouache et or sur fond noir. 37 x 28 cm
© DR © Photo : ADER

Romain de Tirtoff (1892-1990) connu sous le nom de « Erté », est né à Saint-Pétersbourg. Il s’installe à Paris en 1912 et commence sa carrière aux côtés de Paul Poiret dès l’année suivante. Sa première illustration pour Harper’s Bazaar New York paraît en janvier 1915. Il travaille peu après très brièvement pour Vogue. La même année, William Randolph Hearst, propriétaire de Harper’s Bazaar depuis 1912, lui offre un premier contrat d’exclusivité de 10 ans engageant une collaboration privilégiée qui ne prend fin qu’en 1936 et donne lieu à plus de 240 couvertures du magazine.

À côté de cette carrière d’illustrateur, Erté conçoit des costumes et des décors pour des spectacles à Paris, notamment aux Folies Bergère ou au Casino de Paris, mais aussi à Broadway ou à Hollywood. Artiste touche-à-tout, il crée des bijoux, des meubles, des sculptures…

« Les Modes excentriques », Robe argent, doublée orange, 1918
Romain de Tirtoff (1892-1990) dit « Erté ». Graphite, encre noire, gouache, rehauts d’argent. 24 x 16 cm
© DR © Photo : ADER

Ses inventions s’inscrivent pleinement dans le goût pour l’exotisme, et tout particulièrement l’art persan, mis à l’honneur par Paul Poiret, dès 1908, et par les Ballets russes de Diaghilev, notamment avec Shéhérazade en 1910, dont les costumes et les décors sont conçus par Léon Bakst (dessin conservé au MAD). Erté participe d’un courant plus général qui se manifeste dans le monde de la mode, du spectacle, mais aussi des musées. Ainsi, le Musée des Arts Décoratifs offre au public, en 1912, une exposition de « miniatures persanes » qui révèle des œuvres d’une qualité exceptionnelle.

Plusieurs des dessins présentés à la vente le 25 mars 2021, provenant de la collection même du créateur via son légataire universel Serge Leeman, entrent en résonance avec les collections de mode et de bijoux que le musée conserve ou avec des projets d’expositions à venir. Rappelons que le musée des Arts décoratifs a préempté en 2019 un dessin intitulé Le rêve... le plus beau voyage, préparatoire à la couverture du « Harper’s Bazaar » de juin 1923, qui a été présenté dans l’exposition consacrée à ce magazine en 2020.

143 œuvres de Laam & Kirch

Fondé par Florian Lamm et Jakob Kirch en 2012 à Leipzig, Lamm & Kirch a développé son activité dans le milieu culturel : livres, identités visuelles, affiches, expositions. Leur pratique du design est axé autour d’éléments typographiques forts et de formes audacieuses, toujours avec un souci du détail. Leur studio fonctionne comme un centre de recherche sur les expressions du langage visuel. La collaboration avec le commanditaire est essentielle : ils travaillent « avec » et non « pour ». Le studio Lamm & Kirch a offert en 2021 un large panorama de son travail avec 143 œuvres.

La HGB (Hochschule für Grafik und Buchkunst) est l’école supérieure des Beaux-Arts de Leipzig. Chaque année elle organise des expositions pour ses jeunes diplômés. En 2016 le studio Lamm & Kirch est chargé de leur communication : affiches, flyers et programmes. Ils font le choix de lignes verticales pour structurer l’image. La série d’affiches a été sélectionnée au « 100 beste Plakate », qui récompense chaque année les cent meilleures affiches d’Allemagne, de Suisse et d’Autriche.

En 2018, Lamm & Kirch réalise la nouvelle identité visuelle de l’Urbane Künste Ruhr, l’institution culturelle créée au lendemain de la Ruhr 2010, lorsque pour la première fois une région est la capitale européenne de la culture. Elle organise différents événements culturels et le studio l’accompagne dans la conception graphique de tous les éléments de communication de l’institution : Wandersalon, artistes, scientifiques et experts présentent leurs travaux et invitent au débat public ; les expositions « Ruhr Ding » qui sillonne la région et raconte chaque année en mai / juin différentes positions artistiques sous une parenthèse thématique.

En 2019, 22 projets à Bochum, Dortmund, Essen et Oberhausen ont été présentés pour la première fois sous le nom de « Ruhr Ding : Territorien » - dans des lieux inhabituels. Urbane Künste Ruhr édite également son propre magazine depuis 2019, dans lequel sont abordés les particularités de la région de la Ruhr, la relation entre l’art et le public de différentes manières sous la forme de contributions scientifiques et pop-culturelles.

L’exposition « Zukunftsräume. Kandinsky, Mondrian, Lissitzky und die abstrakt-konstruktive Avantgarde in Dresden 1919-1932 » est organisée en 2019 par le Staatliche Kunstsammlungen Dresden et le musée Albertinum de Dresde. L’identité visuelle est confiée à Lamm & Kirch.

Ce don comprend aussi 25 livres, catalogues et magazines.

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