Séminaire « Pédagogie & transmission au sein de l’UCAD : une bibliothèque, un musée, une école »

La question de la transmission des savoirs et des savoir-faire est au cœur du programme de l’Union centrale des Beaux-Arts Appliqués à l’Industrie, dès son installation place des Vosges. Le projet de l’Union centrale est en effet organisé dans une logique de formation et d’apprentissage à destination des artistes, artisans, ouvriers, entrepreneurs et fabricants. Cours, lectures publiques et conférences permettent à chacun de prendre connaissance de l’histoire des arts et des arts décoratifs, des modèles, motifs, matériaux et techniques utiles au renouvellement et au développement de la production de produits manufacturés de qualité. 

L’ouverture de  sa bibliothèque dès 1864, les créations de l’école du Comité des Dames en 1894, du Centre d’Art et de Techniques en 1944 (dénommée, depuis, École Camondo), et des Ateliers du Carrousel, sont l’aboutissement d’un projet pédagogique faisant des Arts Décoratifs une institution singulière fédérant bibliothèque et écoles autour d’un musée. À partir de l’étude des archives de ces différentes composantes, la bibliothèque des Arts Décoratifs et l’École Camondo initient un séminaire de recherche consacré à cette originalité de l’Union centrale des Arts décoratifs.  

Le séminaire interrogera les processus de collecte, de traitement et de transmission des savoirs et des savoir-faire, il s’intéressera aux personnes qui les ont incarnés comme aux lieux et espaces de circulation des savoirs. Il explorera les interactions entre les pratiques professionnelles (inscrites dans des réalités économiques, techniques et sociologiques) et les méthodes d’enseignements (évolutives et adaptables), il s’emploiera à mieux connaître et définir la singularité des rapports entre bibliothèques, écoles et musée. Enfin, il tissera des liens avec la thématique contemporaine des nouveaux environnements d’apprentissage. 

10 décembre : « Les écoles professionnelles de dessin et de modelage : l’exemple de la bijouterie, joaillerie, orfèvrerie »
14h30 - 17h

Rendez-vous le vendredi 10 décembre à 14h30 :
• à la bibliothèque de l’École Camondo, 266 boulevard Raspail, 75014 Paris
• en ligne via ZOOM  / ID unique  36 63 39 77 37 

L’École de dessin et de modelage de la Chambre syndicale de la Bijouterie, Joaillerie, Orfèvrerie : genèse et règlement
Par Florent Guérif, joaillier et doctorant en histoire de l’art sous contrat à l’École Pratique des Hautes Études-PSL

Trois ans seulement après la création en 1864 de la Chambre syndicale de la Bijouterie, Joaillerie, Orfèvrerie est discuté l’idée de la création d’une École professionnelle de dessin et de modelage sur l’initiative d’un des membres du conseil d’administration, Ernest Gaillard. Il faut encore deux années pour que le règlement de cette nouvelle institution soit rédigé, approuvé par les pairs et imprimé. L’objet de la communication porte sur la teneur des débats qui ont amené à sa fondation, les différentes visées de l’entreprise ainsi que sur le contenu des programmes scolaires.

L’école de bijouterie-fantaisie de la rue Chapon : un jalon dans l’institutionnalisation et la professionnalisation de la formation de bijoutier
Par Manon Kalbez, masterante

Née d’une initiative privée, l’école de dessin et de modelage de la rue Chapon est créée en 1873 par les membres de la Chambre syndicale, sur proposition d’Alexandre Piel et Alfred Mascuraud. Comme son homonyme de la rue Jussienne, son enseignement est principalement tourné vers le dessin et le modelage, à la différence près que celle-ci l’applique à la bijouterie d’imitation, en réponse au besoin qui se fait sentir, d’une formation au dessin expressément destinée aux apprentis de la corporation. L’établissement de la rue Chapon fait partie du spectre de ces écoles d’art appliqués, techniques et professionnelles de la fin du XIXe siècle, insufflant un renouveau dans l’enseignement des métiers d’art comme celui de bijoutier et participe à son institutionnalisation. La communication porte sur l’histoire de l’école, son programme et son fonctionnement, orchestré par les artistes-artisans qui se succèdent à sa direction et en font une école de renom reconnue d’utilité publique au sortir de la Première guerre mondiale.

26 novembre : « L’enseignement des arts décoratifs en France, cas d’écoles »

La question du décoratif à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris jusqu’en 1968
Par Laure Chabanne, docteur en histoire de l’art, conservatrice en chef du Patrimoine (musées nationaux du château de Compiègne)

Lorsqu’on évoque l’histoire de l’enseignement des arts décoratifs en France, l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris vient rarement à l’esprit. Pourtant, jusqu’en 1968, la décoration a constitué un pan essentiel de la formation des élèves architectes. Les enjeux liés au rayonnement de la France dans le domaine des arts décoratifs et appliqués ont aussi sous-tendu des débats et des réformes touchant l’ensemble des sections de l’École (peinture, sculpture et architecture). La « composition décorative » fit ainsi longtemps partie des matières proposées aux élèves.

Planche pédagogique gravée pour l’Instruction Elémentaire de l’École Royale gratuite de Dessin, série Figures, n° 502 : profil de femme casquée d’après un dessin de Vassé, s.n. [1766 - 1783]

Collections et archives de l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs (EnsAD) 1766-2020
Par Vincent Bouvet, chargé de mission d’aide à la valorisation des collections et archives de l’EnsAD )

Depuis quelques années, un travail de valorisation est mené sur les archives de l’EnsAD, visant à proposer un corpus de ressources de différentes natures : notices biographiques d’anciens élèves et enseignants, archives audiovisuelles, travaux d’élèves, entretiens filmés, notices thématiques sur l’institution, les processus pédagogiques… En s’appuyant sur le réseau des chercheurs, enseignants et conservateurs s’intéressant à l’EnsAD, en regroupant dons et témoignages, la mission d’aide à la valorisation des collections et archives propose un nouvel accès aux sources, prochainement en ligne.

Émile Metzmacher (1860-1869), Dessin de reconnaissance représentant une feuille d’acanthe à la manière antique et ayant obtenu le premier Grand Prix d’après la bosse
21 mai : « L’apprentissage à l’ère de l’anthropocène : la constitution d’un bien commun »

Les lieux de savoir : une méthode pour repenser les objets et les espaces de l’apprentissage
Par Christian JACOB, directeur de recherche au CNRS et directeur d’études de l’EHESS, chaire d’histoire comparée des pratiques et des traditions de savoir

Depuis 1999 et encore plus après la publication de Lieux de savoir (2007, éditions Albin Michel), premier tome d’une série de quatre en cours de parution sous la direction de Christian Jacob, des spécialistes de différents champs disciplinaires constituant les sciences humaines et sociales étudient la production des savoirs et leurs modes de transmission à travers le temps, les individus et les espaces, du laboratoire à la bibliothèque, en passant par l’atelier ou le musée. Ce vaste projet intellectuel vise à proposer des modèles de réflexions et d’analyses permettant de renouveler les approches des savoirs humains.

« Apprendre à créer »… dans l’anthropocène
Par Benjamin GRAINDORGE, Designer, Professeur à l’Esadse et Sophie PÈNE, Professeure à l’université Paris Descartes

Les écoles d’art et de design sont régulièrement présentes à la Biennale du design, une des expositions, menée par l’Esadse, étant dédiée à l’actualité des projets et recherches des étudiants.

L’exposition nommée « Le Monde sinon rien », conçue par l’Esadse et le CRI, s’attache à la transformation des apprentissages. Elle invite à écouter la génération des étudiants : quels auteurs, créateurs, scientifiques les inspirent ? Quels sujets, techniques et matériaux les intéressent ? De quelles connaissances pensent-il avoir besoin pour prendre soin du monde dans lequel ils vivent ?

L’exposition, reportée au printemps 2022, a pris la forme d’un lieu virtuel qui invite aux expérimentations créatives, et y puisera le matériau de la prochaine exposition. Il est temps de porter attention aux récits de la génération qui reçoit le monde, tel qu’il est, et en a la charge. C’est dans ce sens que le collectif constitué autour de la Cité du design imagine le New Bauhaus, un réseau virtuel d’expérimentations, imaginant pas à pas une « école des écoles de l’anthropocène »

19 mars :  « Transmettre et apprendre  : idéaux et réalisations de l’Union Centrale »
14h30-17h 

L’« adresse de la main » et l’« intelligence qui conçoit » : l’École des Beaux-Arts appliqués à l’Industrie de Jules Klagmann et Gabriel Davioud (1866), ou l’unité rêvée de l’atelier et du dessin
Par Rossella FROISSART, EPHEPSL (EA 4116 Saprat–Savoirs et pratiques du Moyen Âge au XIXe s.)

Après le succès rencontré par le concours des 239 écoles organisé par l’Union centrale en 1865 – volet pédagogique de l’exposition au Palais de l’Industrie – une idée se fait jour : fonder un Collège des beaux-arts appliqués à l’industrie où seraient formés les « ouvriers-artistes » capables de renouveler la production artistique contemporaine. L’exposition universelle de 1867 approche et l’Union centrale entend répondre aux sollicitations que le ministre de l’Instruction publique Victor Duruy a formulées lors d’une visite de la bibliothèque, à la fin de 1864.

La bibliothèque du 3 place des Vosges dans les années 1890
Collection bibliothèque du Musée des Arts Décoratifs
@ MAD, Paris

À un premier projet élaboré par le comité d’organisation répond une contre-proposition émanant de la commission consultative et signée par le sculpteur ornemaniste Jules Klagmann (1810-1867) et par l’architecte Gabriel Davioud (1824-1881). L’originalité de celle-ci réside dans l’association étroite de « l’adresse de la main » et de « l’intelligence qui conçoit » : étayé par une pédagogie novatrice du dessin, le retour décisif à l’atelier doit favoriser l’éclosion d’un artiste complet et polyvalent, partie prenante du progrès industriel.

Au-delà de l’échec de l’initiative, le projet du Collège nous permet aujourd’hui d’identifier les camps en présence dans le contexte des débats très vifs qui accompagnent la réflexion sur l’enseignement des arts, sur fond de crise de l’apprentissage et de recherche d’une esthétique moderne.

La bibliothèque du Musée des Arts Décoratifs comme outil, de la place des Vosges à la rue de Rivoli
Par Laure HABERSCHILL, responsable des fonds patrimoniaux, bibliothèque du Musée des Arts Décoratifs.

Les industriels d’art fondateurs de l’union centrale des beaux-arts appliqués à l’industrie ont créé en 1864 la bibliothèque des arts décoratifs comme un outil de formation et de création à la disposition des travailleurs.

Pensée lors de son ouverture telle un fonds d’atelier à grande échelle combiné à un « musée de papier » et à un lieu d’éducation, elle est à disposition du plus grand nombre, installée dans les mêmes locaux qu’un musée de modèles et une salle de conférence. Par la suite, elle n’a cessé d’évoluer, d’abord grâce à la création par ses responsables d’un nouvel outil : la collection iconographique, puis après le déménagement rue de Rivoli, en réponse à la mutation de son public et enfin en mettant à profit l’évolution des techniques actuelles.

La bibliothèque du 3 place des Vosges dans les années 1890
Collection bibliothèque du Musée des Arts Décoratifs
@ MAD, Paris
5 février : « Les élèves et les enseignants des écoles de l’UCAD de la fin du XIXe siècle à nos jours  : faire parler les archives »
14h30 - 17h

Formation artistique des femmes à l’Union Centrale des Arts Décoratifs : les débuts de l’école d’art et les premières élèves (1897-1908)
Par Nathanaëlle VIMARE-TRESSOL, doctorante Université de Poitiers

À Paris, le Comité des Dames, section philanthropique féminine de l’Ucad, formé au début de la dernière décennie du XIXe siècle, se donna pour mission d’encourager et de soutenir la production artistique et les industries d’art françaises tout en offrant une nouvelle structure de formation professionnelle réservée aux jeunes filles. Dès la rentrée 1897, cette école d’art initia modestement ses activités d’enseignement mais la croissance de l’institution fut rapide et les cours se diversifièrent.

Livre des concours institués par le Comité des Dames, 1898-1900
© MAD, Paris / Suzanne Nagy

Alors que la constitution du Comité des Dames et ses missions originelles ont déjà fait l’objet de quelques mises en lumières ou études, le fonctionnement interne de l’école, et a fortiori sur ses premières années d’activité restait encore largement méconnu. Pour ce nouveau chapitre à inscrire dans notre connaissance générale de l’histoire de l’Union centrale et de son école féminine, nous avons souhaité concentrer notre attention sur la question des publics, en somme, de ces élèves qui en furent l’incarnation concrète.

Le matériau source à exploiter est polymorphe et très inégal, mais les fonds d’archives propres de l’Ucad en constituent le plus riche apport. Face à cette complexité, la méthodologie première que nous avons adoptée passe par l’établissement d’une base de données relationnelle spécifique. Au-delà de la production de données, les enjeux de cette étude sont multiples et transversaux, ils confinent à la sociologie de l’art et à l’histoire de l’activité industrielle, à la géographie, à l’histoire de l’éducation, à l’étude du genre évidemment, et à la connaissance de certaines artistes aux carrières particulières. Notre exposé présente pour ce faire quelques cas précis.

Les diplômés de l’École Camondo (1944-1980). Sources et méthodes pour la constitution de corpus d’études des formations et des carrières des étudiants d’une école d’architecture intérieure.
Par Alexis MARKOVICS, directeur de la recherche et des post-diplômes de l’École Camondo, et Bertrand EHRHART, responsable de la bibliothèque de l’École Camondo

Le Centre d’Art et de Techniques est fondé à l’automne 1944 au sein de l’UCAD et ouvre ses portes l’année suivante au musée Nissim de Camondo. Ce centre de perfectionnement pour des artistes décorateurs y restera jusqu’en 1988, finissant par en adopter le nom, pour devenir l’école Camondo. Établissement reconnu d’enseignement supérieur d’architecture intérieure, l’école a formé environ deux mille professionnels depuis sa fondation, qu’ils aient été diplômés comme décorateurs, décorateurs ensembliers, architectes d’intérieurs et créateurs de modèles, architectes d’intérieur et designers de produits d’environnement ou, de nos jours, architectes d’intérieur-designers.

École Camondo, diplôme 1976-1977
© Photo F. Coumert / Archives de l’École Camondo MAD

À partir de la présentation des fonds d’archives de l’école, nous interrogerons les sources autant que les méthodes afin de construire une histoire prosopographique de ses diplômés. En effet, nous pourrons nous demander comment invente-t-on une histoire de ces alumni, avant, pendant et après leur passage par l’établissement, à partir d’un fonds d’archives courantes et intermédiaires, constitué, pour l’essentiel, de dossiers d’élèves et d’enseignants, de documents pédagogiques et administratifs, mais encore d’un fonds iconographique de travaux d’étudiants. Ainsi, nous pourrons mettre en perspective ces documents avec la mémoire vivante de l’école, les carrières et les productions de ces acteurs de la conception contemporaine, l’évolution de la pédagogie et les transformations de la profession elle-même, durant la seconde moitié du XXe siècle.

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