Sérigraphies de Roman Cieslewicz (1930–1996)

Artiste majeur de la scène graphique de la seconde moitié du XXe siècle, Roman Cieslewicz (1930–1996) fut un acteur incontournable de l’École de l’affiche polonaise, avant de conquérir le monde du graphisme au cours des premières années qui suivirent son arrivée en France. Son œuvre, éclectique, couvre de nombreux domaines : depuis l’affiche, jusqu’à la publicité en passant par le photomontage, l’édition et l’illustration. Ses images scrutent le monde, en sont un reflet, un témoignage, révélant ainsi toute la singularité de l’artiste, celle d’une personnalité engagée. Il envisageait son rôle de graphiste en prise directe avec l’actualité.

Dès son arrivée en France, Roman Cieslewicz témoignait de son étonnement face à la surabondance d’images imposées à l’œil, ce qui l’amènera à définir son rôle de graphiste comme celui d’un « aiguilleur de rétine », luttant contre la tendance de plus en plus forte de la publicité à tout neutraliser par la saturation. Cette position il l’affirme, en 1971, avec la création, pour le magazine de photographie Zoom, du visuel « Zoom contre la pollution de l’œil » : un cyclope dont l’œil unique qui ne cille jamais lui permet de garder un œil grand ouvert sur le monde. Les deux cyclopes réalisés pour Zoom, Zoom I et Zoom II, sont à l’origine d’un nouveau travail d’atelier entrepris : les collages centrés (1971-1974). Tel un chirurgien de l’image, Roman Cieslewicz découpe dans le sens de la longueur des portraits photographiques en noir et blanc, qu’il rassemble ensuite en cherchant à déranger l’ordonnance par une symétrie, créant ainsi des êtres hybrides.

« L’objet, la figure deviennent, par une subtile tyrannie de poète visuel, des exemples, des modèles, des prototypes pour une propagande inconnue : celle que l’individu doit s’inventer pour résister, s’opposer à toutes propagandes extérieures », écrit Alain Jouffroy au sujet de cette série.

Suite à une première donation de plus de 860 pièces, le MAD, lui consacré, en 2018, une exposition rétrospective et un catalogue, Roman Cielsewicz, la fabrique des images.