Théière, Alphonse Debain, orfèvre, Paris, 1900

Fils et petit-fils d’orfèvres parisiens établis depuis 1847 rue du Temple, Alphonse Debain fait insculper son poinçon en 1883 et s’installe au 79 rue du Temple où il succède à Philippe Berthier, spécialisé dans la petite orfèvrerie de table et l’orfèvrerie religieuse. Il présente ses premières réalisations à l’Exposition universelle de Paris de 1889 et obtient une médaille d’or pour ses couverts et un service de toilette d’après Thomas Germain : « M. Debain débutait à l’exposition de 1889, jeunes entre les jeunes, et se plaçait d’emblée parmi les meilleurs. Déjà son indépendance de la routine se montrait : alors que ses rivaux se confinaient dans le style Louis XV, il remontait à la Renaissance, non pour la copier, mais pour en tirer un service à thé et d’autres pièces »1. À l’issue de cette exposition, Debain offre à l’Union centrale des arts décoratifs douze fourchettes et cuillers2 qui témoignent de son excellence technique et de la variété de ses modèles. Au Salon de 1898, il présente un bol aux pavots3 en argent dessiné par Auguste Arnoux que l’Ucad achète pour le faire figurer au sein de son pavillon de l’Exposition universelle de 1900.

Membre du jury de l’Exposition de 1900, il est hors concours mais présente ses dernières créations dans lesquelles « l’amour de la nature -et non la mode- l’a conduit à une stylisation de la flore très originale. »4. Une photographie publiée en janvier 1901 dans la Revue de la bijouterie, joaillerie et orfèvrerie montre l’étonnant « meuble-coffre à argenterie » qu’il expose en 1900. Sur les étagères de ce meuble aux lignes sinueuses accentuées, trône la théière proposée en vente, aux côtés de vases, d’une saucière et d’un bassin, tous inspirés par la nature dans leurs formes et leurs ornements.

Démonstration de son savoir-faire et de ses modèles Art nouveau, la théière en argent doré adopte la forme d’un potiron dont le feuillage compose la prise du couvercle. Reposant sur quatre pieds en ceps de vigne, son bec verseur est un escargot émergeant d’épis de blé tandis que son anse, ponctuée de deux bagues en ivoire pour l’isoler de la chaleur, reprend le motif des peaux de serpent. Décorée sur sa panse de concrétions en argent, la théière semble sortir de terre et ses lignes sinueuses empruntées au végétal rappellent que l’Art nouveau puise ses racines dans le rapport de l’art japonais à la nature tout autant que dans le style rocaille.

L’exubérance du décor de la théière de Debain évoque le service à thé orné de lézards et d’un escargot que présente Lucien Falize à l’Exposition universelle de 1889 et qui est aujourd’hui exposé dans les salles Art nouveau du musée des Arts décoratifs.

Dès 1900, Debain semble s’être hissé au sommet de sa carrière et de son métier. Henri Bouilhet, alors directeur de la maison Christofle, le présente comme un « orfèvre jusque dans les moëlles. Il a travaillé quinze ans à l’établi : il peut guider ses ouvriers, reprendre l’outil pour leur enseigner ce que les plus habiles oublient quelquefois »5. Chevalier de la Légion d’honneur et président du Syndicat des fabricants d’orfèvrerie d’argent, il est aussi, en ce début de XXe siècle, vice-président de la chambre syndicale de la bijouterie, de la joaillerie et de l’orfèvrerie de Paris. Absent dans les collections publiques hormis au musée des Arts décoratifs qui a valorisé ses créations depuis ses débuts, Debain est un orfèvre parisien emblématique du tournant du XXe siècle dont les œuvres forment, comme le pensait Henri Bouilhet, « un raccourci de l’orfèvrerie contemporaine. On y voyait l’art nouveau, l’art de transition et un peu d’art rétrospectif qu’on aimera toujours et qu’il ne faut pas désapprendre. »6

1Henri Bouilhet, « Orfèvrerie, classe 94 », Exposition universelle internationale de 1900, Rapports du jury international, Groupe XV, classes 92 à 97, Paris, Imprimerie nationale, 1902, p. 226.

2Inv. 6139-6144

3Inv. 8753

4Roger Marx, La décoration et les industries d’art à l’Exposition universelle de 1900, Paris, Librairie Ch. Delagrave, p. 66.

5Henri Bouilhet, « Orfèvrerie, classe 94 », Exposition universelle internationale de 1900, Rapports du jury international, Groupe XV, classes 92 à 97, Paris, Imprimerie nationale, 1902, p. 226.

6Henri Bouilhet, « Orfèvrerie, classe 94 », Exposition universelle internationale de 1900, Rapports du jury international, Groupe XV, classes 92 à 97, Paris, Imprimerie nationale, 1902, p. 227.

Alphonse Debain, orfèvre
Paris, 1900
Argent doré et ivoire
Modèle présenté à l’Exposition universelle de 1900
Acquisition réalisée grâce au soutien de Madame Krystyna Campbell-Pretty et de sa famille, 2021
Inv. 2021.63.1
© MAD, Paris / photo : Christophe Dellière

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Cette théière est présentée dans la salle « La nature, une source d’inspiration pour l’Art nouveau ».