Lorsque les Mandchous prennent le pouvoir en Chine en 1644 et fondent la dynastie Qing, ils souhaitent garder leurs traditions de cavaliers nomades. Dans le domaine vestimentaire, deux traditions coexistent tout au long de cette dernière dynastie impériale : celle des Mandchous au pouvoir et celle des Chinois Han, ethnie majoritaire. En 1759, l’empereur Qianlong (1736-1796) fait publier le recueil des Motifs illustrés de l’équipement rituel de la cour impériale (Huangchao liqi tushi) qui précisent les règles vestimentaires. Celles-ci restent en vigueur jusqu’à la fin de la dynastie. On y distingue les trois catégories de vêtements à porter selon les occasions et positions sociales de chacun : les habits de cour (chaofu), les habits semi-officiels de fête (jifu), et les habits ordinaires (changfu ou bianfu). La robe donnée par Hélène et Jean-Pierre Hugot est une robe de cour faste, et appartient à la catégorie des habits semi-officiels de fête (jifu). La présence des dragons à cinq griffes brodés la place dans la catégorie des longpao, réservée à l’empereur et aux membres de sa famille. Sa forme est caractéristique du vêtement mandchou : manches étroites, resserrées aux poignets, qui se terminent en fer à cheval, le côté gauche se ferme à droite grâce à des boutons en métal, et l’encolure est bordée d’un large galon qui se poursuit à droite jusque sous le bras. La robe fendue sur les deux côtés et au centre de chaque face est celle d’un homme.

Neuf dragons décorent l’ensemble, trois sur chaque face, deux sur les épaules et un dernier brodé sur le pan droit de la robe caché par le pan gauche qui le couvre.

La couleur de fond, les motifs représentés sont autant d’indices pour connaître la position ou le grade de la personne à laquelle le vêtement était destiné. Celle-ci a sans doute été réalisée pour un prince impérial. Ces robes pouvaient être portées avec le large col (piling) utilisé pour les vêtements officiels et qui couvre les épaules. Chapeau, bottes, ceinture, collier complètent la tenue. Par-dessus la robe, on porte un vêtement plus court, bleu foncé (bufu) sur lequel l’insigne de rang (pufu) des hauts fonctionnaires civiles ou militaires est cousu au centre sur la poitrine et dans le dos.

L’iconographie rappelle les quatre éléments de l’univers : en bas de la robe, l’eau est représentée par des flots et ces raies parallèles multicolores, la montagne est représentée sur les quatre axes de la robe, les dragons, symboles de l’autorité impériale, évoluent au milieu des nuages en forme de sceptre de lettré (ruyi). Les nuages en forme de ruyi associés aux chauves-souris (bianfu) qui volent forment un message auspicieux associant la longévité et le bonheur.