Le dessin a toujours été au cœur des arts décoratifs. Susceptible d’intervenir à tous les stades d’un projet, il accompagne et stimule la naissance de l’idée, permet d’en fixer la forme, de transmettre les informations aux collaborateurs, de garder la mémoire d’une œuvre achevée.

Les industriels, fabricants et artistes qui fondent l’Union centrale des beaux-arts appliqués à l’industrie en 1864 souhaitent rassembler le plus grand nombre possible de dessins et de gravures pour donner aux ouvriers et aux artisans un accès libre à tous les modèles du passé et du présent de nature à favoriser « la réalisation du beau dans l’utile ». En 1880, la Société du musée des arts décoratifs organise à Paris la première exposition jamais consacrée aux dessins de décoration et d’ornement des maîtres anciens, qui marque durablement les esprits et suscite de nombreux dons. Notre musée des Arts décoratifs est l’héritier de ces deux institutions, réunies en une seule association qui veille sur des collections désormais nationales. Longtemps accrochés sur les murs du musée ou collés dans les albums de la bibliothèque, les dessins ont été réunis dans un Cabinet des dessins en 1974 pour améliorer leurs conditions de conservation.

Méconnue du grand public comme des spécialistes, cette collection est pourtant l’une des plus riches du monde. Elle compte près de 200 000 œuvres, du XVe au XXIe siècle, provenant majoritairement d’Europe, mais aussi d’Orient et d’Extrême Orient. Son importance et ses contours sont le fruit de cette histoire singulière, de la générosité des donateurs et de l’amitié des artistes. Les esquisses des grands maîtres côtoient les dessins d’architectes et de décorateurs, comme les productions des ébénistes, des maisons de joaillerie ou de couture. Des artistes comme Rodin ou Dubuffet offrent une sélection de leurs œuvres, ponctuelle ou large, quand d’autres, tels Emilio Terry ou Jean Royère, donnent tout leur fonds graphique.

Du 23 juin 2020 au 31 janvier 2021, les dessins du musée sortent de leur réserve. Habituellement rangés à l’abri de la lumière, ils sont exceptionnellement présentés en grand nombre à l’occasion de l’exposition « Le dessin sans réserve. Collections du Musée des Arts Décoratifs » : près de cinq cents feuilles s’offrent à la vue des visiteurs dans les salles d’exposition mais aussi dans le parcours permanent, où elles résonnent avec les objets du musée et les ouvrages de la bibliothèque. Quelques œuvres phares, de Fragonard, de Degas ou de Sonia Delaunay, voisinent avec des dessins montrés pour la première fois, de Watteau, Maurice Denis, Mallet-Stevens…