Le papier est un matériau hydrophile. Il se dilate à l’humidité et se rétracte en séchant. Cette propriété est utilisée pour remettre les dessins à plat.

Avant sa restauration, le dessin sur papier calque de Janine Abraham et Dirk Jan Rol était très déformé. Une remise à plat était nécessaire pour pouvoir l’exposer (Inv. 2013.69.3).

Après une humidification progressive, le plus souvent au travers d’un film de Gore-tex® qui laisse passer l’eau sous une forme fine (le Gore-tex® est utilisé pour les vêtements de sport), la dilatation des dessins est contrôlée. Dès qu’elle est suffisante, les dessins sont remis à plat. Ils sont placés entre des buvards sous presse ou mis en tension sur une surface plane. Les buvards ont un réseau de capillaires développé et ils absorbent l’humidité contenue dans les papiers d’œuvre. Quand la surface des dessins est fragile, une interface lisse et poreuse, du type intissé de polyester, est placée entre les dessins et les buvards. La mise sous presse apporte la contrainte nécessaire pour maintenir l’aplanissement des dessins pendant leur séchage. Les forces en jeu sont importantes et il est parfois surprenant de constater à quel point les déformations des papiers peuvent être tenaces. Il y a des décennies, les restaurateurs appliquaient une pression très importante qui conduisait parfois à perdre une partie du relief du papier. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, où la troisième dimension du papier est appréciée.

Le grand dessin de Nicolas Pineau est en cours d’humidification. Il est posé sur un film de Gore-tex, au travers duquel passe l’humidité contenue dans des buvards mouillés installés sous celui-ci, et il est recouvert d’un intissé de polyester et d’un film plastique pour contenir l’évaporation et créer un milieu humide (Inv. 8455.1).

La mise en tension d’un dessin requiert de coller au pourtour des œuvres des bandes de tension. Un papier japonais est généralement choisi pour sa souplesse et son élasticité. Une fois les bandes collées de manière réversible, souvent avec de la colle d’amidon de blé choisie pour son haut pouvoir adhésif à faible concentration, les dessins sont humidifiés et les bandes de tension sont collées sur une surface plane, une planche de bois ou un panneau appelé de son nom japonais karibari, composé de 7 couches de papier sur une structure ajourée de bois assemblé à la manière d’un claustra. La dernière couche de papier est recouverte d’un jus de kaki fermenté qui a la propriété d’être partiellement imperméable. En séchant, les dessins vont se rétracter. L’aplanissement correspond à l’état de plus faible énergie dans lequel le papier va se mettre du fait des contraintes auxquelles il est soumis. Cette technique est classique et bien connue des aquarellistes, qui tendaient leur papier avant de peindre pour limiter et maitriser les déformations dues à un travail « dans l’humide ». Elle a été adaptée à la restauration des œuvres d’arts graphiques et enrichie des techniques et des matériaux japonais qui permettent une plus grande souplesse et élasticité.

Un grand dessin de la maison Guéret va être mis en tension sur un panneau japonais, appelé karibari pour sa remise à plat (Inv. CD 6493.5.2).