Les traitements de décollage sont un saut dans l’inconnu des papiers et des colles. Comment vont se comporter le papier d’œuvre et le papier de support ? Sera-t-il facile ou non à humidifier ? La colle entre le papier d’œuvre et son support est-elle réversible ? Va-t-on pouvoir agir sur celle-ci sans mettre en danger les matériaux graphiques ? Le choix des traitements est dicté par la sensibilité des matériaux graphiques et par des tests de décollage. Les moyens sont divers mais le principe est identique : essayer de rendre la colle malléable en l’hydratant progressivement de façon à pouvoir passer la lame d’un scalpel ou d’une spatule dans son épaisseur ou à éliminer par légères tractions le papier de support.

  • Le dessin de Louis Payen est humidifié par des plaques rigides de gel. Celles-ci sont visibles sous le papier de support, une page d’album, sur lequel le dessin a été collé. La colle est devenue suffisamment malléable pour qu’une spatule puisse être passée entre les deux papiers (Inv CD 2917.10).
  • Après avoir été humidifiée, la page d’album sur laquelle ce dessin de Louis Payen avait été collé est éliminée peu à peu par de légères tractions. La gouache découverte au verso est en partie emprisonnée dans la colle et adhère à la page d’album (Inv. CD 2917.8).
Vu du dos de la page d’album sur laquelle sont collés les dessins de Pierre-Guillaume Lemeunnié, dit Peter (Inv. CD 3949.15) et de François-Marc l’Aîné Perrier (Inv. CD 3549.14). Les rectangles blancs correspondent au collage des dessins sur la face de la page. L’épaisseur de la colle et la proximité créée par le collage ont protégé les papiers de l’oxydation à l’air. L’empreinte des dessins de la page suivante apparaît, comme un dessin en négatif, sur le papier.

La difficulté est d’hydrater la colle tout en gardant le papier d’œuvre aussi sec que possible pour que sa cohésion ne soit pas atteinte. La solution passe souvent par l’emploi de gels de cellulose. Sous forme malléable, ceux-ci épousent les reliefs et les déformations des dessins. Sous forme rigide, ils ont l’avantage d’être facilement éliminés. Ils diffusent l’humidité plus ou moins vite selon la concentration avec laquelle ils ont été préparés. D’usages cosmétiques ou culinaires, ils ont été détournés de leur fonction première par les restaurateurs, qui les ont adaptés à leurs propres besoins.

La majorité des dessins décollés étaient conservés dans des albums. Les pages de ces derniers se sont fortement dégradées en vieillissant, devenant jaunes et cassantes. Aussi était-il important de décoller les dessins pour mieux les préserver. Mais, avant cela, a été consignée la trace de l’agencement des dessins dans les albums, l’histoire de leur présentation en somme.

D’autres dessins étaient collés par points ou par des charnières dans des montages ou sur des feuilles de support.

Deux dessins de grand format étaient pliés dans des albums, l’un en quatre et l’autre en cinq.

Ce grand dessin de Nicolas Pineau était plié en quatre dans un album avant sa restauration. Il mesure environ un mètre sur un mètre quarante (Inv. 8545.1).

Plus ou moins longs, plus ou moins délicats, les décollages diffèrent les uns des autres et requièrent une attention soutenue. Ils sont aussi l’occasion de suspens car ils donnent souvent lieu à des découvertes au verso des dessins : tampon d’un atelier, essais de couleurs ou versos dessinés. La magie opère avec constance. Et ce chantier nous a donné de belles surprises !

  • Découverte d’un verso dessiné au dos d’un dessin de Louis Payen qui était collé dans un album (Inv. CD 6872).
  • Le décollage de ce dessin de Nicolas Pineau a été doublement heureux. Il s’est déroulé facilement, à sec, l’adhérence entre le papier d’oeuvre et le papier de support étant très faible, et il a donné lieu à la découverte d’un verso (Inv.CD 1498).