Du parc de Vaux-Le-Vicomte au jardin de Matignon, en passant par l’Exposition universelle de 1937, Achille Duchêne mérite son surnom de « prince des jardiniers » du XXe siècle.

Né en 1866, Achille Duchêne est un enfant de la balle. Son père, Henri Duchêne, est le jardinier chéri de la société aisée de la fin du XIXe siècle. Alors que les parcs des châteaux français ont été profondément transformés par le goût pour les jardins paysagers à l’anglaise, Henri Duchêne souhaite remettre au goût du jour un jardin qui puise ses sources à l’art de Le Nôtre et participe au renouveau du jardin « à la française ». Imprégné de cet univers, Achille Duchêne entre à 12 ans dans l’agence de son père.

Les deux hommes travaillent en étroite collaboration. Introduit dans les cercles de commanditaires prestigieux, dépositaire du savoir-faire familial, Achille Duchêne n’a plus à se bâtir une réputation lorsque survient la mort de son père en 1902. Délaissant définitivement les parterres et les corbeilles de fleurs, le paysagiste épure son style et séduit le monde, au-delà des frontières hexagonales.

Jardins intimistes de villes, parcs de château, utopies sociales et fantaisies, la production d’Achille Duchêne s’élève à environ 6 000 jardins, aménagés en Europe, en Amérique du Nord, en Argentine, en Russie, ou encore en Australie. Il ne reste parfois de ces réalisations malmenées par le temps que les méticuleux dessins de présentation exécutés par le paysagiste lui-même ou par son agence. Paysagiste, dessinateur, photographe, voyageur, Achille Duchêne est aussi un collectionneur qui admire des artistes comme Hubert Robert ou Jacques de Lajoue. Sa très riche bibliothèque témoigne de son goût pour la littérature, l’architecture, et bien sûr l’art des jardins. Achille rédige plusieurs livres au cours de sa carrière, dont Les Jardins de l’avenir en 1935 ou encore Les Jardins de rêve (non publié) et Grandes et Petites résidences, publié à titre posthume.

Restaurateur de la tradition des jardins dit « à la française », Achille Duchêne cumule les honneurs : officier de la Légion d’honneur, officier d’Académie, officier de l’ordre de François-Joseph ou chevalier du Mérite agricole. Ses décorations sont à l’image de sa renommée. Parmi ses multiples fonctions, il assure la présidence de la Société des architectes paysagistes et de la Société française des architectes de jardin. Il est à l’origine de l’Office international de documentation de l’art des jardins.

Celui qui a reçu le surnom de « Napoléon du paysage » s’éteint le 12 novembre 1947, à Paris. Il est enterré à Lorient, où se trouve aussi la dépouille de son père. En 1949, sa veuve, Gabrielle Duchêne, fait don à la bibliothèque de l’Union centrale des arts décoratifs de 136 dessins et de trois photographies de l’Agence Duchêne. En 2010, les dessins intègrent le département des Arts graphiques du Musée des Arts Décoratifs. Le fonds est constitué de projets finis, dessinés par le paysagiste ou par des membres de son agence. D’une remarquable similitude avec les jardins achevés, ce sont de précieux témoignages de l’art des jardins au XXe siècle, mais aussi des œuvres révélatrices de la variété des sources d’inspirations de l’artiste.