Édouard Bénédictus (1878- 1930), [Eléments pour un décor de théâtre ?], XXe siècle (début)
Croquis. Crayon graphite sur papier. Don Madame Bénédictus, 1939. Inv. CD 1466-58
© Paris, MAD

Les dessins des décors, rideaux de scène et autres dispositifs scéniques d’Édouard Bénédictus traduisent tantôt le faste cultivé, tantôt l’ingéniosité sobre, tantôt la drôlerie de son esprit et des productions pour lesquelles il travaille. Celles-ci sont d’une grande diversité. Les féeries et pièces qui invitent à un voyage dans l’espace ou dans le temps permettent à l’artiste d’imaginer des scènes somptueuses, chargées d’ornements colorés et exotiques. Ces représentations mêlent notamment la musique, le chant, la danse et le cirque dans une succession de tableaux aux décors et aux costumes spectaculaires. C’est le cas de la pièce Les Huns d’Abel Deval et Henri Béchade, représentée pour la première fois le 2 mars 1918 à la Comédie-Mérigny. Bénédictus en a conçu les décors et les 225 costumes1. La seule maquette identifiée que l’on conserve évoque un tableau se déroulant dans une chambre à coucher majestueuse, où trône un lit couvert de coussins et de peaux de bêtes.

Édouard Bénédictus (1878- 1930), [Décor pour Les mille et une nuits], France, 1919 ?
Dessin : pierre noire, gouache, rehauts d’or, rehauts d’argent sur papier. Don Madame Bénédictus, 1939. Inv. CD 1442
© Paris, MAD

Les décors féeriques de Bénédictus résonnent particulièrement bien avec ce qu’écrit André George à propos de Léon Bakst et de l’influence des Ballets Russes en France : « Il avait une manière unique de créer un ensemble somptueux et barbare, où se mêlaient un raffinement prodigieux de nuances, les enchantements arrachés à l’Orient des Mille et Une Nuits, et les contrastes les plus saisissants des couleurs éclatantes2 ».

Mais Édouard Bénédictus travaille aussi pour les décors d’œuvres aux thèmes plus classiques, ou pour des productions de moindre ampleur qui ne sont pas pour autant traitées avec moins de talent. Il a ainsi conçu les modèles des décors de La Mégère apprivoisée, représentée par la Société Shakespeare au théâtre Antoine à partir du 24 avril 1919. Firmin Gémier y incarne d’ailleurs Petrucchio. La seule maquette conservée est annotée par Bénédictus et révèle son intelligence et sa compréhension des enjeux de la mise en scène.

Maquette de décor de théâtre pour « La Mégère apprivoisée » de William Shakespeare (Paris, théâtre Antoine, 1919)
Graphite et gouache sur papier
© Paris, MAD

En composant avec un espace scénique réduit, il met en place un système de rideaux qui se tirent pour dévoiler différents pans de décors : « Les décors d’Édouard Bénédictus sont ingénieusement fidèles à la simplicité shakespearienne ; des rideaux se tirent et nous voici tantôt chez Battista, tantôt chez Pétruchio, tantôt dans la rue. Des gens passent le nez par une fente de la toile, se tordent de rire sur le pavé, enfourchent un cheval de bois. C’est de la bonne drôlerie, elle convient à cette farce qui est au fond un vieux fabliau3. »

1Publicité pour la Comédie-Mérigny, op. cit.

2André George, « Sur les Ballets Russes et leur influence », dans Parures, décembre 1926, no 6, p. 19-20.

3Léo Claretie, « La critique dramatique », dans La Rampe, 18 mai 1919, p. 8.