Au fil de ses livres, Antoon Krings a ouvert les portes d’un imaginaire riche, ancré dans l’histoire de l’art, et nourri de passions singulières, arpenteur de paysages, amateur de jardins, passionné de la Nature qu’il a de longtemps observée. Dans un monde contemporain étrangement naïf, qui semble toujours douter un peu de ses effets sur cette Nature, Antoon Krings crée son propre monde, non pas protégé, mais bienveillant, nourri d’un bestiaire généreux où évolue la présence réconfortante des animaux et des insectes, loin du figé héraldique ou de l’empreinte pesante du naturalisme. Le dessin et l’idée s’en libèrent, les références artistiques sont vastes en une généalogie qui invoque Grandville ou Delacroix, Claude Monet ou Diego Giacometti.

Jean-Antoine Watteau, Le singe peintre, XVIIIe siècle
Collection du Musée des Arts Décoratifs
© MAD, Paris/Jean Tholance

À parts égales, la passion ancienne pour la botanique, règne végétal ordonné dans lequel puiser motifs et ornements anime Antoon Krings, qui s’inscrit aussi dans une longue tradition. Elle remonte à l’héritage de Bérain, ce passage du Grand Siècle aux Lumières, où le Rocaille sut déjà appeler à lui le règne de la Nature.

Au XIXe siècle, l’inspiration oscille entre le savoir exact, l’entomologie à la Jean-Henri Fabre, et cette idée nouvelle d’une observation, non plus exacte, mais passée au prisme de l’abstraction et de l’ornemental, ainsi qu’en jouent avec délice William Morris et ses héritiers des Arts & Crafts. Fort de cette filiation, l’art d’Antoon Krings mérite d’être partagé avec le public au sein d’une exposition qui mêle ses créations innombrables et un ensemble varié et riche d’œuvres anciennes, dessins, gravures ou tableaux, qui en forment l’écrin respectueux et joyeux, éclairant ainsi la genèse et le faisceau de ses inspirations, revendiquées ou subtilement dévoilées. On entre alors dans un monde joyeux et mélancolique à la fois, proche de cette « volupté de la mélancolie » si chère au poète préromantique Pivert de Senancour. […]