Le boom économique américain de l’immédiat après-guerre se traduit dans Harper’s Bazaar par un essor de la publicité, dont les revenus permettent d’ouvrir le magazine à davantage d’articles sur l’art, le théâtre et la danse. […]

Après avoir rendu hommage au courage des acteurs de la mode restés en France, aux couturiers et aux artisans, « sans qui Paris n’aurait pas survécu », elle cherche à insuffler une vague d’optimisme. […]

Réplique de la robe Chérie de Christian Dior, 1959
D’après le modèle du printemps-été 1947. Toile de coton, Paris
© MAD, Paris

En février 1947, Carmel Snow perçoit aussitôt l’impact de la première collection de Christian Dior. Son exclamation « Your dresses have such a new look ! » baptise la collection et le style dominant de l’après-guerre. […] Christian Dior est à cette époque aussi illustrateur du Figaro dont il anime la page mode du jeudi de petits croquis enlevés.

La création de la maison Dior avec le soutien de Marcel Boussac est la grande affaire de la saison. L’attention de Snow est sans doute aussi attisée par l’idée de voir un dessinateur, dont elle connaît la culture et la formation artistique, s’exprimer enfin sous son nom propre. À l’issue du défilé, c’est le « look » qui retient son attention, et non la coupe, la couleur ou la texture : c’est dans l’aspect visuel que réside la nouveauté, le dessin prime. L’autorité du couturier passe par le dessin que ses ateliers doivent retranscrire en étoffes. […]

Les robes finies, conçues comme des sculptures (prenant souvent appui sur des bustiers ou des fonds baleinés), conforment la silhouette à un dessin très arrêté. […] Avant même d’être photographiées, les robes se fixent dans la mémoire telles des gravures de mode, comme si le couturier avait anticipé leur inscription dans le magazine. Chez Dior, la maîtrise de l’image reflète la parfaite assimilation de la culture du magazine, intégrée au procédé créatif de la couture.