À partir de 1992 Peter Lindbergh devient le photographe phare du magazine. Ses photographies, souvent en noir et blanc, tranchent avec la rutilance et la vision rapprochée de la décennie précédente. N’hésitant pas à se distancier de son sujet, il montre des silhouettes de mode dans New York, sur les plages ou dans le Grand Ouest. Mis en page par Fabien Baron, ses clichés composent de véritables « fashion stories ».

L’élégance des années 1940, le cinéma expressionniste ou réaliste inspirent ses portraits de super modèles : Kate Moss pose en salopette en 1994, sans maquillage apparent, comme une héroïne de John Steinbeck ou une figure d’August Sander. La séquence photographique Angel avec Amber Valletta évoque Les Ailes du désir de son ami Wim Wanders.

Par sa vision, New York s’impose comme une ville de mode où survit un accent de la vieille Mitteleuropa. Ses contrastes appuyés et une forme d’ascétisme s’accordent à l’austérité des créations de Jil Sander et au minimalisme d’Helmut Lang.

Le classicisme des images de Peter Lindbergh échappe à la prescription d’une mode, il marque l’esthétique et l’attitude de toute une génération.