Eckart Muthesius (1904-1989) et les avant-gardes

Eckart Muthesius, Coiffeuse mobile électrifiée pour la maharani, vers 1930
Collection Sheikh Saud Bin Mohamed Ali Al Thani Foundation
© Adagp, Paris 2019 Photo © Écl’art - Galerie Doria, Paris

Né à Berlin en 1904, Eckart Muthesius bénéficie dès son plus jeune âge de contacts privilégiés avec les milieux artistiques européens. Fils d’Anna et d’Hermann Muthesius, il grandit au sein d’un environnement familial créatif et progressiste. Au début des années 1920, il fréquente des écoles d’arts appliqués en Allemagne et en Angleterre, puis travaille en tant qu’apprenti dans l’atelier berlinois de son père, reconnu comme l’un des plus éminents architectes et théoriciens de l’époque.

Membre fondateur du Deutscher Werkbund depuis 1907, Hermann Muthesius participe aussi à la diffusion des réformes britanniques du mouvement Arts and Crafts en Allemagne. Son épouse, Anna, est quant à elle musicienne, créatrice de décors et de textiles, mais surtout auteur de l’ouvrage Das Eigenkleid der Frau (1903), qui offre une réflexion nouvelle sur le vêtement féminin. Depuis l’enfance, Eckart Muthesius est également proche de ses deux parrains, Francis Henry Newbery, directeur de la Glasgow School of Art, et Charles Rennie Mackintosh, qui réalise des couverts pour son neveu, ainsi qu’un vitrail et des luminaires pour la maison des Muthesius à Nikolassee. En 1927, Eckart fonde son agence d’architecture à Berlin, avant de rencontrer le maharajah d’Indore en 1929.

  • Eckart Muthesius, Chambre du maharajah vers 1933
    © Collection Vera Muthesius / Adagp, Paris, 2019
  • Eckart Muthesius, Chambre de la maharani, vers 1933
    © Collection Vera Muthesius / Adagp, Paris, 2019

Les grands acteurs du projet : Dr. Marcel Hardy, Jacques Doucet, Henri-Pierre Roché

Le projet du palais Manik Bagh est le fruit de la volonté du jeune souverain et de son épouse, mais aussi celui d’un rhizome de relations qui contribueront chacune à lui donner sa forme finale. Parmi elles, le précepteur du maharajah, le Dr. Marcel Hardy, botaniste belge, et ancien assistant de l’urbaniste écossais Patrick Geddes, le sensibilise aux idées progressistes. Ensemble, ils voyagent en Europe et il l’épaule dans la réalisation de ses ambitions. C’est d’ailleurs par son entremise qu’il fait la connaissance d’Henri-Pierre Roché en 1927 qui deviendra son conseiller artistique pour les achats d’art et d’ameublement destiné au futur palais Manik Bagh. Le dernier grand acteur ayant influencé le maharajah est le couturier, collectionneur, mais également mécène Jacques Doucet, rencontré grâce à Roché en 1929, un mois avant sa disparition. La découverte de sa collection et des aménagements de son studio, 33, rue Saint-James à Neuilly-sur-Seine, allait définitivement orienter le projet de palais envisagé par le jeune homme vers l’affirmation d’un manifeste de l’esprit moderne.

Eckart Muthesius (1904-1989) et l’architecture du palais Manik Bagh

Eckart Muthesius, Hall d’entrée du Palais Manik Bagh, vers 1933
© Collection Vera Muthesius / Adagp, Paris, 2019

La construction du palais Manik Bagh débute en 1930, suite à la rencontre à Oxford du maharajah d’Indore avec l’architecte allemand Eckart Muthesius, en 1929. Réalisé à partir des fondations d’un bâtiment déjà existant, l’édifice est finalisé en 1933. Cette résidence privée est dédiée à la vie quotidienne du souverain et de son épouse. Les cérémonies officielles ont lieu dans les palais familiaux plus anciens, comme le Rajwada et le Lal Bagh, situés à proximité. D’après les photographies de Muthesius publiées dans la presse de cette période, le palais Manik Bagh semble s’inscrire dans les mouvements modernes européens des années 1920-1930, notamment avec son toit plat et ses fenêtres en longueur. Or ces images diffusées dans les journaux sont des tirages retouchés par Muthesius, montrant une vision idéalisée de ce bâtiment. Dans les faits, le toit plat n’a jamais existé à cause des contraintes techniques de l’époque. L’édifice est en effet surplombé d’une toiture en tuiles classique pour résister aux risques éventuels d’infiltration d’eau lors de la saison des pluies, très fréquentes dans la région.