Maurice Marinot, l’œuvre en verre, 1911-1934

du 25 mars au 28 juillet 2019

Maurice Marinot (1882-1960) est un cas à part et une personnalité unique dans l’histoire de la verrerie moderne. Pour la première fois dans l’histoire, un artiste adulte, sans aucune formation initiale dans ce domaine artisanal, se passionne pour cette matière et consacre plus de vingt ans de sa carrière à créer des œuvres qui seront toujours basées sur la technique artisanale et millénaire du soufflage du verre. Cette situation inédite et une créativité exceptionnelle, guidée par une attention simple mais aigüe aux possibilités plastiques de cette « eau solidifiée », engendrent la création d’objets uniques d’une esthétique totalement nouvelle et très vite perçue par ses contemporains comme une expression à la fois précieuse et naturelle de la modernité.

Né à Troyes en Champagne, rien ne le prédestinait donc au verre, ni aux arts décoratifs en général, son parcours débute effectivement comme celui d’un jeune peintre formé à l’école des beaux-arts de Paris entre 1901 et 1905, marqué par l’esprit des Fauves mais ne rencontrant que des succès mitigés auprès de la critique et des amateurs.

En 1911, le jeune trentenaire, retourné vivre à Troyes et devenu père de famille, découvre le travail du verre à la manufacture de Bar-sur-Seine, appartenant depuis peu à des amis d’enfance. Une sorte de coup de foudre pour le verre découvert « en son état vivant » se produit et ouvre la période de vingt-cinq années de recherche et de création qu’il lui consacre.

Scénographie de l’exposition
Scénographe : Éric Benqué
© DR

Les objets qu’il dessine, fait souffler et décore d’émaux polychromes dès 1911, d’une nouveauté moderne et joyeuse, sont très vite appréciés par les élites parisiennes. Il entre ainsi en relation avec la nouvelle génération de décorateurs qui émerge dans les années 1910 et s’épanouira après la Guerre. Ses premières verreries attirent aussi l’attention du fondeur et galeriste parisien A.A. Hébrard qui devient rapidement son marchand exclusif et le diffuse auprès d’une clientèle internationale d’amateurs cultivés et fortunés.

En décidant de se soumettre lui-même au long et difficile apprentissage du soufflage du verre, il s’astreint à une pratique quotidienne, s’éloigne des dynamiques artistiques parisiennes, mais s’initie ainsi à la réalité physique de la matière et a un dialogue personnel avec elle. Durant ces années d’apprentissage du soufflage, il expérimente parallèlement les émaux polychromes et un nouvel usage de la gravure à l’acide qui lui permet des effets graphiques puis véritablement sculpturaux sur des verres de plus en plus épais.

Enfin, au début des années 1920, il peut travailler lui-même avec le verre en fusion et il entame alors l’aventure exceptionnelle qui, du dessin à la pratique, permet aux œuvres de « naitre les unes des autres » et à l’artiste de « penser en verre ». C’est ainsi que Marinot invente une esthétique nouvelle du verre épais, lourd et « charnu », favorisant une mise en valeur organique de la malléabilité du verre chaud. Cette nouveauté est rapidement diffusée par les revues spécialisées et grâce à des manifestations internationales comme l’exposition de 1925 à Paris, son œuvre marquera de façon profonde plusieurs générations de créateurs verriers. L’exposition de « le Stanze del vetro », organisée en collaboration avec le Musée des Arts Décoratifs de Paris, est le premier hommage international à son œuvre et permet de redécouvrir cet artiste majeur mais encore méconnu et de mieux évaluer sa position originale comme artiste-artisan ayant ouvert de nombreuses voies de la verrerie moderne et contemporaine.

Scénographie de l’exposition
Scénographe : Éric Benqué
© DR

Parmi les quelque 2500 verreries répertoriées, majoritairement conservées dans plus de 70 collections publiques et quelques rares collections privées, les commissaires, Jean Luc Olivié (Musée des Arts Décoratifs de Paris) et Cristina Beltrami, ont choisi plus de 250 œuvres provenant de 17 collections publiques, françaises, européennes et américaines et de 2 collections privées. Un ensemble de projets, dessins, croquis provenant principalement du fonds du département d’art graphique du Musée des Arts Décoratifs (donné en 1981 par Florence Marinot la fille de l’artiste) permet d’éclairer la dynamique entre les moments de création à chaud, les luttes physiques avec la matière, et les pauses de recherches et de réflexions qui relient les œuvres entre elles.

Enfin un remarquable film documentaire réalisé en 1934 dans la verrerie et l’atelier de Marinot par Jean Benoit-Levy et le critique d’art René Chavance permettra au public de découvrir les lieux, les gestes et les pensées de l’artiste.