En mars 1959, le gouvernement cubain met en place l’Institut Cubain des Arts et de l’Industrie Cinématographiques (ICAIC) avec pour objectif de construire un cinéma national novateur en rupture avec le modèle commercial américain. Il s’agit aussi d’utiliser ce puissant vecteur d’éducation populaire pour promouvoir et légitimer le régime. Pour favoriser l’accès des films au plus grand nombre, l’ICAIC met en place Cine-móvil, un système d’unités mobiles de projection pour les endroits les plus isolés de l’île. L’ICAIC devient le principal producteur de films du pays, dont elle assure, à partir de 1961, la distribution exclusive dans les 600 salles du territoire. L’ICAIC diffuse aussi des films étrangers, issus des pays du bloc soviétique mais également issus du « nouveau cinéma » (néoréalisme italien, Nouvelle Vague française, Free cinema anglais…).

René Azcuy, Settimana del cinema cubano
ICAIC, 1976. Sérigraphie
© MAD, Paris

L’aspect promotionnel n’est pas négligé avec la création de la revue spécialisée Cine Cubano et avec l’édition de plus de 3 000 affiches imprimées en sérigraphie. Les graphistes de l’ICAIC bénéficient d’une grande liberté d’expression. Influencés par les courants artistiques de l’époque, chacun s’invente une manière propre à partir d’une interprétation très personnelle des films. Ils créent un langage graphique original - simplification du texte, couleurs en à-plats vives mais limitées, petit format standardisé, prédominance du blanc du papier laissé en réserve par souci d’économie - conférant à l’affiche de cinéma cubaine une identité propre en rupture avec les photographies de stars américaines.

À la fin des années 1970, les consignes officielles de la bureaucratie se rigidifient. La crise économique s’aggrave après la disparition de l’URSS en 1990, et l’ICAIC ne peut plus acheter ou produire de films. Censure et pénuries poussent de nombreux artistes à émigrer. L’ICAIC se recentre sur l’organisation d’expositions, de festivals et sur la formation avec la création de l’École Internationale de Cinéma et Télévision (EICTV) à San Antonio de los Baños (1985) et la Faculté de cinéma de l’Instituto Superior de Arte (1988). À partir des années 2000, la nouvelle génération ainsi professionnalisée donne un nouveau souffle à l’ICAIC.