Gio Ponti, derrière le miroir : Venini et Fontana Arte

Par Brian Kish

D’innombrables designers et architectes sont aujourd’hui renommés grâce à leurs créations pour Venini et/ou Fontana Arte, mais curieusement, Gio Ponti est rarement mentionné en rapport avec ces grandes manufactures de verrerie. Le paradoxe est d’autant plus marquant que Ponti est en fait lui-même l’instigateur de l’évolution de ces deux entreprises très différentes, ce qui leur a valu le statut prestigieux dont elles jouissent aujourd’hui. (…)

Bouteille, exécutée par Venini, vers 1940
Verre, crinoline
© DR

Pendant les six décennies au cours desquelles il utilise le verre comme matériau, que ce soit pour Fontana Arte ou Venini, Ponti ne cesse d’être motivé d’abord et surtout par son obsession de l’architecture. Telle est aussi la force motrice qui l’incite à transformer tous les matériaux qu’il rencontre. L’analogie qu’il établit entre une architecture pure et le cristal en tant que forme revient à plusieurs reprises dans ses écrits : « L’Architecture pure est un cristal ; quand elle est pure, elle est pure comme le cristal, magique, fermée, exclusive, autonome, intacte, inaltérée, absolue, définitive comme un cristal. ». Resté discrètement dans l’ombre de ces deux verreries, il a choisi de déléguer de plus en plus de pouvoir à ses collègues et associés, Pietro Chiesa chez Fontana Arte ou Tomaso Buzzi chez Venini, et de donner à ses étudiants les moyens de réaliser leurs projets : Saul Steinberg chez Fontana Arte et Massimo Vignelli chez Venini, ou encore son ami Piero Fornasetti, dans les deux entreprises. Ses initiatives combinées ont conduit l’industrie du verre sur des terrains esthétiques jusqu’alors inexplorés.