Le projet de cathédrale de Tarente est né de la nécessité de créer un centre religieux plus proche du nouvel axe d’expansion de la ville. L’Institut international des arts liturgiques, en charge du projet, et l’archevêque Guglielmo Motolese choisissent Gio Ponti pour le réaliser. De sa genèse en 1964 à son inauguration en 1970, cet édifice est maintes fois retravaillé jusqu’à ce que l’architecte milanais aboutisse à une expression traduisant sa conception du sacré. Plusieurs sources d’inspiration accompagnent sa réflexion : la blancheur de l’architecture traditionnelle des Pouilles, l’austérité de la spiritualité franciscaine, la dentelle de pierre des cathédrales gothiques.

Cathédrale de Tarente, 1964-1970
© Luca Massari

Confronté au souhait de donner à la cathédrale un caractère à la fois de dénuement et de grandeur, l’architecte milanais résout le problème en optant pour la création de deux façades : « L’une, la mineure, pour accéder à l’église. L’autre, la majeure, accessible seulement au regard et au vent : une façade “pour l’air” (…) avec quatre-vingts fenêtres ouvertes sur “l’immensité”, qui est la “dimension” du mystère de la présence éternelle de Dieu. ». En référence à l’arche biblique et à la tradition maritime de Tarente, l’édifice prend finalement l’apparence d’un navire avec une nef de plan rectangulaire surmontée d’une voile, une double paroi de béton haute de 41 mètres surgissant en retrait, au milieu du bâtiment. Des ouvertures aux formes hexagonales perforent cette double paroi et laissent transparaître l’immensité du ciel. Ainsi, la perception des jeux subtils d’ombre et de lumière créés par la voile varie continuellement au gré du climat. Ponti choisit des matériaux austères : le béton armé, laissé visible en certains endroits, et un enduit blanc dans le prolongement de la tradition méditerranéenne. Il opte également à l’intérieur de l’édifice pour un décor simple d’aplats de couleurs dans une gamme de jaune et de vert.

Autour du bâtiment, Ponti imagine un îlot de verdure dont l’aspect libre rappellerait un jardin d’Éden et où le lierre s’emparerait sauvagement du grand voile. Devant la cathédrale, un miroir d’eau composé d’un bassin à trois niveaux dédouble la qualité vibratoire des rayons de lumière traversant la façade.(...)

La couleur verte prédomine à l’intérieur de l’église : le vert amande qui recouvre les travées et le carrelage du sol aux tonalités plus intenses unissent poétiquement l’intérieur avec l’extérieur. La cathédrale devait être « attaquée par le vert » de plantes grimpantes couvrant partiellement le voile et, dans une conception panthéiste, relier ainsi symboliquement la Terre au ciel. Ce souhait fut entendu par les Tarentais qui, au lendemain de l’inauguration, offrirent des plantes pour approvisionner le jardin. Aujourd’hui, en raison de l’urbanisation chaotique du quartier, l’environnement immédiat de la cathédrale ne traduit, hélas, plus cette intention de l’architecte. Mais la silhouette ajourée de l’édifice, où matière et lumière se confondent pour devenir une « métamatière », porte à ses limites la tension vers la transparence.