La Villa Planchart, Caracas, 1953-1957

Par Sophie Bouilhet-Dumas

Fort de ses ressources pétrolières, le Venezuela connaît dans les années 1950 une croissance économique sans précédent. Se transformant à vive allure, sa capitale souhaite rivaliser en modernité avec d’autres métropoles latino-américaines comme Rio de Janeiro ou Mexico.

Armando et Anala Planchart, collectionneurs et amateurs d’architecture moderne, y contribuent en invitant Gio Ponti, désormais internationalement connu grâce à la revue Domus, à concevoir leur villa sur les hauteurs de Caracas.

Villa Planchart, Caracas, 1957 : vue de la façade
© Antoine Baralhé

« Votre maison sera (…) comme un grand papillon posé sur une colline », précise Ponti dans une lettre résumant les souhaits des futurs propriétaires. De fait, la légèreté préside à l’ensemble : des murs portés fixés à l’ossature se présentent comme des écrans suspendus et définissent l’espace de la maison. Aile posée sur son sommet, le toit vient conclure l’architecture, qui répond ainsi au principe de la forma finita (forme achevée) énoncé par l’architecte. De nuit, un système d’éclairage souligne ses contours ; de jour, les murs blancs ponctués de baies vitrées forment une surface éclatante.

Sur plus de 1 300 mètres carrés, Ponti privilégie la multiplicité des points de vue, les ouvertures vers l’horizon et la vue sur les montagnes environnantes. Il envisage cette maison comme une sculpture abstraite à grande échelle qui se parcourt de l’intérieur en une séquence ininterrompue de spectacles changeants. (...)

Salle de séjour de la villa Planchart, Caracas, 1957
© Antoine Baralhé. Caracas, Fondation Anala et Armando Planchart

Un jeu kaléidoscopique de couleurs anime les surfaces au fil des pièces. Les plafonds rayés de jaune du salon, de la bibliothèque et de la petite salle à manger répondent à la mosaïque de marbre du sol de l’entrée, mais aussi aux cartouches multicolores du plafond de la grande salle à manger. Les portes et les fenêtres intérieures sont toutes rendues uniques grâce aux motifs géométriques peints en rose, jaune et bleu ciel sur fond blanc. (...)

Comme pour L’Ange volant en France, la villa Planchart est la transposition d’un rêve d’Italie, mais cette fois dans la végétation tropicale du Venezuela. Tous les matériaux, les marbres comme l’aluminium, les menuiseries, mais aussi le mobilier et les objets artisanaux sont acheminés d’Italie par bateau. (...) Œuvre d’art totale, la villa Planchart abrite aujourd’hui une fondation qui veille à la conserver dans son intégralité.