Surfaces et couleurs : la céramique appliquée à l’architecture et à l’aménagement intérieur

Par Julie Grislain-Higonnet

Carreaux de céramique de la fabrique Ceramica D’Agostino pour l’hôtel Parco dei Principi à Sorrente
Ceramica D’Agostino
© Gio Ponti Archives, Milan

La céramique est pour Gio Ponti un terrain d’expérimentation hors pair qui lui permet de reformuler des éléments de la culture traditionnelle italienne et de les intégrer dans un système de production industrielle, de la création de vaisselle, d’objets décoratifs et de sanitaires à la conception de carreaux pour le sol et les murs. Il se familiarise avec ce matériau dès 1923 en devenant directeur artistique de la manufacture de porcelaine Richard Ginori. (...)

Après la guerre, Ponti se rapproche à nouveau de cet univers en devenant, de 1946 à 1953, responsable artistique de la coopérative céramique d’Imola. Poursuivant sa réflexion sur ce matériau, il crée en 1956-1957 une ligne de carreaux colorés en pointe de diamant pour la firme milanaise Ceramica Joo.

Hall de l’Hôtel Parco dei principi, Sorrente, 1960
© Hôtel Parco dei principi Sorrento

Passant d’une surface plane à des reliefs, il réinterprète les bossages en diamant des palais Renaissance : appliqués en extérieur, ces carreaux captent grâce à leur texture chatoyante la lumière changeante du soleil et animent ainsi les façades. Ce revêtement, qui fait sa première apparition sur la façade de l’église San Luca Evangelista à Milan (1955-1960), est utilisé de manière récurrente pour ses édifices religieux et privés ; il donne même son surnom à la villa Arreaza, « La Diamantina », à Caracas. Plus complexe encore, la façade de l’immeuble Montedoria (1964-1970) à Milan combine quatre sortes de carreaux vert émeraude aux reliefs variés. Avec les tesselles colorées en forme de galets, Ponti revisite, toujours pour la société Ceramica Joo, la mosaïque traditionnelle de galets de Ligurie, qu’il utilise pour couvrir des parois en intérieur comme en extérieur à la villa Planchart (1953-1957), à la villa Nemazee (1957-1964) ou dans les hôtels Parco dei Principi (1960-1964). (…)

Carreaux de céramique de la fabrique Ceramica D’Agostino pour l’hôtel Parco dei Principi à Sorrente
Ceramica D’Agostino
© Gio Ponti Archives, Milan

Il renouvelle également le répertoire du céramiste de Salerne, Ceramica D’Agostino, en imaginant trente-trois motifs géométriques et végétaux, bleus, noirs et blancs, qui une fois assemblés donnent vie à une centaine de décors différents. Grâce à cette solution, Ponti personnalise toutes les chambres de l’hôtel Parco dei Principi de Sorrente (1960). Quinze ans plus tard, c’est un « hymne à la couleur » qu’il conçoit avec Ceramica D’Agostino pour habiller les sols du siège du journal autrichien Salzburger Nachrichten à Salzbourg. Des dessins géométriques polychromes s’y déploient et s’adaptent aux formes irrégulières des pièces. Ainsi, le sol « vole la vedette » à l’architecture et devient le véritable protagoniste de la construction. Une solution similaire est adoptée à Singapour pour couvrir la façade du magasin Shui Hing en 1977-1978.

Ci-dessous : Carreaux de céramique de la fabrique Ceramica D’Agostino pour l’hôtel Parco dei Principi à Sorrente Ceramica D’Agostino © Gio Ponti Archives, Milan