En janvier 1891, les ingénieurs Panhard et Levassor font rouler dans les rues de Paris les premières voitures à moteur à explosion et commencent à les commercialiser. Le goût prononcé de Moïse de Camondo pour les voyages et virées touristiques le pousse naturellement à s’intéresser à ce nouveau moyen de locomotion.

Dès 1895, il possède une voiture construite par Les Fils de Peugeot-Frères, avec roues à fil et essieux courbés en leur centre. Elle est propulsée par un moteur à pétrole système Daimler situé sous le châssis qui est produit par MM. Panhard et Levassor (ill. 7). En 1900, alors qu’il n’y a en France que mille huit cents automobiles1, Moïse de Camondo possède déjà deux voitures Panhard ! Dès lors, sa correspondance le révèle fasciné par le progrès technique et la mécanique.

Épris de vitesse, il prend part en 1901 à la course Paris-Berlin sous le pseudonyme de Robin, le nom de son mécanicien. Cette course de trois jours en trois étapes qui compte plus de cent soixante-dix engagés ne voit que quarante-sept véhicules à l’arrivée. Moïse de Camondo à bord de sa Panhard semble avoir abandonné sans terminer la première étape. Nullement découragé, il écrit en janvier 1902 à M. René de Knyff, son interlocuteur à la société Panhard & Levassor : « Vous savez que j’aurai un très grand plaisir à prendre part à la course Paris-Vienne et je ne doute pas que pour un de vos plus anciens clients votre maison ne tienne pas à cœur de me donner cette satisfaction2 ». Malheureusement la voiture commandée ne sera pas livrée à temps, mais la passion de Moïse pour l’« automobilisme » n’en est pas affectée pour autant.

Conducteur exigeant, il aime à posséder des voitures qui allient une carrosserie élégante à un moteur puissant. En 1904, après une visite passionnée à l’usine de fabrication, il commande « une Mercédès (sic) […] comportant tous les perfectionnements du nouveau modèle, tout en étant une voiture de grande vitesse et aussi légère que possible3 »

La Panhard 35 de Moïse de Camondo à Aumont, 1906
Paris, MAD, musée Nissim de Camondo, CAM 1989.1.2.26
© MAD, Paris

Dix ans plus tard, lors de son installation au 63, rue de Monceau, cinq voitures prennent place dans la remise qui leur est réservée : une Landaulet et une limousine Renault, un coupé, un double phaéton et une limousine Panhard. Deux mécaniciens-chauffeurs logés sur place sont affectés à plein-temps à leur entretien et parfois à leur conduite. Camille Clermont et Jules Guzzi assurent ces fonctions avec compétence pendant de très longues années. Les meilleurs salaires leurs sont attribués.

1Jean-Baptiste Duroselle et Pierre Gerbet, Histoire 1848-1914, Paris, Nathan, 1962, p. 48.

2AMNC.LC.30, correspondance de Moïse de Camondo, 10 janvier 1902.

3AMNC.LC.31, correspondance de Moïse de Camondo, 14 janvier 1904.