Vice-président de la Société des Amis du Louvre depuis 1920, membre du Conseil des musées nationaux en 1922 et vice-président de l’Union centrale des Arts décoratifs en 1930, Moïse de Camondo a su se constituer un solide réseau au sein du monde des musées.

Plan de table du déjeuner « Marsan » de 1933 (sans date) chez le comte Moïse de Camondo, 63, rue de Monceau
AMNC, P.M.3.1
© MAD, Paris

À partir de 1930 il reçoit chaque année, au printemps, une vingtaine de conservateurs et collectionneurs, à l’occasion de ses célèbres déjeuners « Louvre » et « Marsan ». David David-Weill (1871-1952), président du Conseil des musées nationaux (1931-1940), et Carle Dreyfus (1875-1952), conservateur au département des Objets d’art du Louvre et ami très proche du comte, assistent alternativement aux deux réceptions. Parmi les conservateurs du musée des Arts décoratifs, sont invités Jacques Guérin, Paul Alfassa et surtout Louis Metman. Les conservateurs du musée Carnavalet, François Boucher ou Adrien Fauchier-Magnan, sont plutôt conviés aux déjeuners « Marsan », alors que le conservateur de Versailles, Gaston Brière, et celui de Malmaison, Jean Bourguignon, assistent aux déjeuners « Louvre ». L’éclectique collectionneur Raymond Koechlin, par ailleurs président du Conseil des musées nationaux, est un habitué de ces déjeuners. D’autres grands collectionneurs y sont associés comme Carlos de Besteigui, Jean Bloch, le comte Arnauld Doria ou le marquis Hubert de Garay1.

Conservés pour la période 1930-1935, les listes des invités accompagnées de quelques rares plans de table et menus nous renseignent sur le déroulement du service et les différents plats. Leur succession rappelle celle en vigueur pour les réceptions du Club des Cent où trois grands plats étaient alors la règle : poissons (souvent de rivière), volailles, puis viandes ou gibiers2. On note que le menu du déjeuner « Louvre » du 2 juin 1933 est d’ailleurs identique à celui du Club des Cent du 9 juin suivant.

Menu du déjeuner « Louvre » du 2 juin 1933 chez le comte Moïse de Camondo, 63, rue de Monceau
AMNC, P.M.3.1
© MAD, Paris

Les déjeuners « Louvre » et « Marsan » ont lieu en mai ou juin, à douze heures quarante-cinq. Ils réunissent une vingtaine de convives. Élaboré par le chef suivant les directives du maître de maison, le menu, particulièrement soigné, comprend : un hors-d’œuvre froid (melon) ou chaud (œufs pochés ou mollets) et un relevé de poisson (bars, filets de soles ou darnes de saumon). Suivent une entrée (jambon d’York, poulets pochés ou langue de bœuf), puis une volaille (poularde, canetons ou dindonneaux), un rôti (barons d’agneaux) ou un plat en gelée. Vient ensuite le légume, toujours précédé d’une salade. À la fin du repas, on ne sert pas de fromage mais des chester cakes, ramequins, condés ou paillettes au parmesan. Le déjeuner se termine invariablement par une glace, bombe ou parfait, ou le plus souvent, comme en Turquie, par un granité aux fruits.

Moïse de Camondo veille personnellement à l’accord des mets et des vins qui sont choisis parmi les meilleures années des grands crus de Bordeaux (château-margaux 1870 ou 1878) et de Bourgogne (montrachet, échézeaux, clos-vougeot). Un excellent champagne Salon mesnil nature et un très vieux cognac (cognac des Tuileries 1858, puis cognac Godard 1811) apportent une touche finale à ces déjeuners.

1Bertrand Rondot, « Bâtir une collection », dans Marie-Noël de Gary (dir.), Musée Nissim de Camondo. La Demeure d’un collectionneur, Paris, Les Arts Décoratifs, 2007, p. 83-84.

2Jean Vitaux, « L’évolution des menus et des plats », in Collectif, Les 100 ans du Club des Cent, Paris, Flammarion, 2011, p. 59.