Conçu comme la « reconstitution d’une demeure artistique du XVIIIe siècle » , le musée Nissim de Camondo témoigne du goût exceptionnel du comte Moïse de Camondo (Istanbul, 1860-Paris, 1935) pour les arts décoratifs français des périodes Transition et Louis XVI, époque qu’il a « aimée entre toutes » , selon ses propres termes.

Conçu comme la « reconstitution d’une demeure artistique du XVIIIe siècle »1, le musée Nissim de Camondo témoigne du goût exceptionnel du comte Moïse de Camondo (Istanbul, 1860-Paris, 1935) pour les arts décoratifs français des périodes Transition et Louis XVI, époque qu’il a « aimée entre toutes »2, selon ses propres termes.

Cette passion pour un XVIIIe siècle idéal n’affecte cependant pas le mode de vie de ce collectionneur raffiné. Homme de son temps, fasciné par le progrès technique, Moïse de Camondo apprécie le confort de la vie moderne et aménage son hôtel néo-XVIIIe de la rue de Monceau en conséquence. Les espaces de service et les appartements privés de cette demeure achevée à la veille de la Première Guerre mondiale en témoignent par leurs équipements modernes, fonctionnels et hygiéniques. La place accordée à la cuisine et ses annexes révèle aussi une autre facette de sa personnalité : celle du fin gourmet, amateur de grands crus, qui devient membre titulaire du Club des Cent en 1928. À partir de 1930, le comte convie à déjeuner chez lui, une fois par an, une trentaine de camarades. Il organise par ailleurs des déjeuners « Louvre » et « Marsan » qui réunissent des conservateurs de musées parisiens, des collectionneurs et des personnalités. On peut en suivre les préparatifs à travers les rares listes d’invités ainsi que les menus et plans de table qui nous sont parvenus.

De nombreux documents d’archives (correspondance, photographies et factures) dévoilent, en outre, ses hobbies. Dès sa jeunesse, Moïse de Camondo voyage beaucoup. Passionné de yachting, loisir très onéreux, il possède successivement deux bateaux de plaisance à vapeur. Amateur d’« automobilisme » , il achète sa première voiture à moteur en 1895. Épris de vitesse et de carrosseries élégantes, le comte a toujours trois ou quatre voitures à sa disposition dans la « remise aux autos » de son hôtel. Deux mécaniciens-chauffeurs logés sur place sont affectés en permanence à leur entretien et à leur conduite. Il sillonne l’Europe à bord de ces bolides et adresse au Club des Cent, pour son guide confidentiel, des comptes rendus très précis sur les restaurants et hôtels qu’il fréquente.

Seule exception à la modernité, Moïse de Camondo, gentleman sportif, est aussi un cavalier émérite qui chasse à courre très régulièrement, s’inscrivant ainsi dans la plus pure tradition aristocratique. Acquise en 1921, la superbe série d’esquisses peintes par Jean-Baptiste Oudry pour la tenture des chasses de Louis XV est un précieux reflet de ce goût qu’il transmet à ses enfants, Nissim et Béatrice.

1Testament du comte Moïse de Camondo déposé chez maître Naret le 11 janvier 1924.

2Ibidem.