Séminaire « Pédagogie & transmission au sein de l’UCAD : une bibliothèque, un musée, une école »

La question de la transmission des savoirs et des savoir-faire est au cœur du programme de l’Union Centrale des Beaux-Arts Appliqués à l’Industrie, dès son installation place des Vosges. Le projet de l’Union Centrale est en effet organisé dans une logique de formation et d’apprentissage à destination des artistes, artisans, ouvriers, entrepreneurs et fabricants. Cours, lectures publiques et conférences permettent à chacun de prendre connaissance de l’histoire des arts et des arts décoratifs, des modèles, motifs, matériaux et techniques utiles au renouvellement et au développement de la production de produits manufacturés de qualité. 

L’ouverture de  sa bibliothèque dès 1864, les créations de l’école du Comité des Dames en 1894, du Centre d’Art et de Techniques en 1944 (dénommée, depuis, École Camondo), et des Ateliers du Carrousel, sont l’aboutissement d’un projet pédagogique faisant du MAD une institution singulière fédérant bibliothèque et écoles autour d’un musée. À partir de l’étude des archives de ces différentes composantes, la bibliothèque du MAD et l’École Camondo initient un séminaire de recherche consacré à cette originalité de l’Union centrale des Arts décoratifs.  

Le séminaire interrogera les processus de collecte, de traitement et de transmission des savoirs et des savoir-faire, il s’intéressera aux personnes qui les ont incarnés comme aux lieux et espaces de circulation des savoirs. Il explorera les interactions entre les pratiques professionnelles (inscrites dans des réalités économiques, techniques et sociologiques) et les méthodes d’enseignements (évolutives et adaptables), il s’emploiera à mieux connaître et définir la singularité des rapports entre bibliothèques, écoles et musée. Enfin, il tissera des liens avec la thématique contemporaine des nouveaux environnements d’apprentissage. 

RENDEZ-VOUS SUR ZOOM
ID unique  36 63 39 77 37 

5 février 2021, 14h30-17h
Les élèves et les enseignants des écoles de l’UCAD de la fin du XIXe siècle à nos jours  : faire parler les archives

19 mars 2021, 14h30-17h
Transmettre et apprendre  : idéaux et réalisations de l’Union Centrale

21 mai 2021, 14h30-17h 
L’apprentissage à l’ère de l’anthropocène  : la constitution d’un bien commun

Comité scientifique

• Karine BOMEL, responsable du pôle Archives (MAD)
• Bertrand EHRHART, responsable de la bibliothèque (École Camondo)
• Laure HABERSCHILL, bibliothécaire responsable des fonds patrimoniaux (MAD)
• Alexis MARKOVICS, directeur de la recherche et des post-diplômes (École Camondo)
• Stéphanie RIVOIRE, directrice de la bibliothèque et des ressources documentaires (MAD)
• Sébastien QUÉQUET, attaché de conservation (MAD)

21 mai : « L’apprentissage à l’ère de l’anthropocène : la constitution d’un bien commun »

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Les lieux de savoir : une méthode pour repenser les objets et les espaces de l’apprentissage
Par Christian JACOB, directeur de recherche au CNRS et directeur d’études de l’EHESS, chaire d’histoire comparée des pratiques et des traditions de savoir

Depuis 1999 et encore plus après la publication de Lieux de savoir (2007, éditions Albin Michel), premier tome d’une série de quatre en cours de parution sous la direction de Christian Jacob, des spécialistes de différents champs disciplinaires constituant les sciences humaines et sociales étudient la production des savoirs et leurs modes de transmission à travers le temps, les individus et les espaces, du laboratoire à la bibliothèque, en passant par l’atelier ou le musée. Ce vaste projet intellectuel vise à proposer des modèles de réflexions et d’analyses permettant de renouveler les approches des savoirs humains.

« Apprendre à créer »… dans l’anthropocène
Par Benjamin GRAINDORGE, Designer, Professeur à l’Esadse et Sophie PÈNE, Professeure à l’université Paris Descartes

Les écoles d’art et de design sont régulièrement présentes à la Biennale du design, une des expositions, menée par l’Esadse, étant dédiée à l’actualité des projets et recherches des étudiants.

L’exposition nommée « Le Monde sinon rien », conçue par l’Esadse et le CRI, s’attache à la transformation des apprentissages. Elle invite à écouter la génération des étudiants : quels auteurs, créateurs, scientifiques les inspirent ? Quels sujets, techniques et matériaux les intéressent ? De quelles connaissances pensent-il avoir besoin pour prendre soin du monde dans lequel ils vivent ?

L’exposition, reportée au printemps 2022, a pris la forme d’un lieu virtuel qui invite aux expérimentations créatives, et y puisera le matériau de la prochaine exposition. Il est temps de porter attention aux récits de la génération qui reçoit le monde, tel qu’il est, et en a la charge. C’est dans ce sens que le collectif constitué autour de la Cité du design imagine le New Bauhaus, un réseau virtuel d’expérimentations, imaginant pas à pas une « école des écoles de l’anthropocène »

19 mars :  « Transmettre et apprendre  : idéaux et réalisations de l’Union Centrale »
14h30-17h 

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L’« adresse de la main » et l’« intelligence qui conçoit » : l’École des Beaux-Arts appliqués à l’Industrie de Jules Klagmann et Gabriel Davioud (1866), ou l’unité rêvée de l’atelier et du dessin
Par Rossella FROISSART, EPHEPSL (EA 4116 Saprat–Savoirs et pratiques du Moyen Âge au XIXe s.)

Après le succès rencontré par le concours des 239 écoles organisé par l’Union centrale en 1865 – volet pédagogique de l’exposition au Palais de l’Industrie – une idée se fait jour : fonder un Collège des beaux-arts appliqués à l’industrie où seraient formés les « ouvriers-artistes » capables de renouveler la production artistique contemporaine. L’exposition universelle de 1867 approche et l’Union centrale entend répondre aux sollicitations que le ministre de l’Instruction publique Victor Duruy a formulées lors d’une visite de la bibliothèque, à la fin de 1864.

La bibliothèque du 3 place des Vosges dans les années 1890
Collection bibliothèque du Musée des Arts Décoratifs
@ MAD, Paris

À un premier projet élaboré par le comité d’organisation répond une contre-proposition émanant de la commission consultative et signée par le sculpteur ornemaniste Jules Klagmann (1810-1867) et par l’architecte Gabriel Davioud (1824-1881). L’originalité de celle-ci réside dans l’association étroite de « l’adresse de la main » et de « l’intelligence qui conçoit » : étayé par une pédagogie novatrice du dessin, le retour décisif à l’atelier doit favoriser l’éclosion d’un artiste complet et polyvalent, partie prenante du progrès industriel.

Au-delà de l’échec de l’initiative, le projet du Collège nous permet aujourd’hui d’identifier les camps en présence dans le contexte des débats très vifs qui accompagnent la réflexion sur l’enseignement des arts, sur fond de crise de l’apprentissage et de recherche d’une esthétique moderne.

La bibliothèque du Musée des Arts Décoratifs comme outil, de la place des Vosges à la rue de Rivoli
Par Laure HABERSCHILL, responsable des fonds patrimoniaux, bibliothèque du Musée des Arts Décoratifs.

Les industriels d’art fondateurs de l’union centrale des beaux-arts appliqués à l’industrie ont créé en 1864 la bibliothèque des arts décoratifs comme un outil de formation et de création à la disposition des travailleurs.

Pensée lors de son ouverture telle un fonds d’atelier à grande échelle combiné à un « musée de papier » et à un lieu d’éducation, elle est à disposition du plus grand nombre, installée dans les mêmes locaux qu’un musée de modèles et une salle de conférence. Par la suite, elle n’a cessé d’évoluer, d’abord grâce à la création par ses responsables d’un nouvel outil : la collection iconographique, puis après le déménagement rue de Rivoli, en réponse à la mutation de son public et enfin en mettant à profit l’évolution des techniques actuelles.

La bibliothèque du 3 place des Vosges dans les années 1890
Collection bibliothèque du Musée des Arts Décoratifs
@ MAD, Paris
5 février : « Les élèves et les enseignants des écoles de l’UCAD de la fin du XIXe siècle à nos jours  : faire parler les archives »
14h30 - 17h

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Formation artistique des femmes à l’Union Centrale des Arts Décoratifs : les débuts de l’école d’art et les premières élèves (1897-1908)
Par Nathanaëlle VIMARE-TRESSOL, doctorante Université de Poitiers

À Paris, le Comité des Dames, section philanthropique féminine de l’Ucad, formé au début de la dernière décennie du XIXe siècle, se donna pour mission d’encourager et de soutenir la production artistique et les industries d’art françaises tout en offrant une nouvelle structure de formation professionnelle réservée aux jeunes filles. Dès la rentrée 1897, cette école d’art initia modestement ses activités d’enseignement mais la croissance de l’institution fut rapide et les cours se diversifièrent.

Livre des concours institués par le Comité des Dames, 1898-1900
© MAD, Paris / Suzanne Nagy

Alors que la constitution du Comité des Dames et ses missions originelles ont déjà fait l’objet de quelques mises en lumières ou études, le fonctionnement interne de l’école, et a fortiori sur ses premières années d’activité restait encore largement méconnu. Pour ce nouveau chapitre à inscrire dans notre connaissance générale de l’histoire de l’Union centrale et de son école féminine, nous avons souhaité concentrer notre attention sur la question des publics, en somme, de ces élèves qui en furent l’incarnation concrète.

Le matériau source à exploiter est polymorphe et très inégal, mais les fonds d’archives propres de l’Ucad en constituent le plus riche apport. Face à cette complexité, la méthodologie première que nous avons adoptée passe par l’établissement d’une base de données relationnelle spécifique. Au-delà de la production de données, les enjeux de cette étude sont multiples et transversaux, ils confinent à la sociologie de l’art et à l’histoire de l’activité industrielle, à la géographie, à l’histoire de l’éducation, à l’étude du genre évidemment, et à la connaissance de certaines artistes aux carrières particulières. Notre exposé présente pour ce faire quelques cas précis.

Les diplômés de l’École Camondo (1944-1980). Sources et méthodes pour la constitution de corpus d’études des formations et des carrières des étudiants d’une école d’architecture intérieure.
Par Alexis MARKOVICS, directeur de la recherche et des post-diplômes de l’École Camondo, et Bertrand EHRHART, responsable de la bibliothèque de l’École Camondo

Le Centre d’Art et de Techniques est fondé à l’automne 1944 au sein de l’UCAD et ouvre ses portes l’année suivante au musée Nissim de Camondo. Ce centre de perfectionnement pour des artistes décorateurs y restera jusqu’en 1988, finissant par en adopter le nom, pour devenir l’école Camondo. Établissement reconnu d’enseignement supérieur d’architecture intérieure, l’école a formé environ deux mille professionnels depuis sa fondation, qu’ils aient été diplômés comme décorateurs, décorateurs ensembliers, architectes d’intérieurs et créateurs de modèles, architectes d’intérieur et designers de produits d’environnement ou, de nos jours, architectes d’intérieur-designers.

École Camondo, diplôme 1976-1977
© Photo F. Coumert / Archives de l’École Camondo MAD

À partir de la présentation des fonds d’archives de l’école, nous interrogerons les sources autant que les méthodes afin de construire une histoire prosopographique de ses diplômés. En effet, nous pourrons nous demander comment invente-t-on une histoire de ces alumni, avant, pendant et après leur passage par l’établissement, à partir d’un fonds d’archives courantes et intermédiaires, constitué, pour l’essentiel, de dossiers d’élèves et d’enseignants, de documents pédagogiques et administratifs, mais encore d’un fonds iconographique de travaux d’étudiants. Ainsi, nous pourrons mettre en perspective ces documents avec la mémoire vivante de l’école, les carrières et les productions de ces acteurs de la conception contemporaine, l’évolution de la pédagogie et les transformations de la profession elle-même, durant la seconde moitié du XXe siècle.

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