À la rencontre du petit prince

du 17 février au 26 juin 2022

Le Musée des Arts Décoratifs présente la première grande exposition muséale en France consacrée au Petit Prince, chef-d’œuvre intemporel de la littérature. Plus de 600 pièces célèbrent les multiples facettes d’Antoine de Saint-Exupéry : écrivain, poète, aviateur, explorateur, journaliste, inventeur, philosophe, porté toute sa vie par un idéal humaniste, véritable moteur de son œuvre.

À l’occasion de cet hommage exceptionnel, le manuscrit original, conservé à la Morgan Library & Museum à New York et jusqu’alors jamais présenté au public français, est mis en regard d’aquarelles, esquisses et dessins – pour la plupart inédits – mais également des photographies, poèmes, coupures de journaux et extraits de correspondances.

Le Petit Prince, dernier ouvrage édité du vivant de Saint-Exupéry, écrit et publié aux États-Unis en 1943 mais paru en France en 1946, est depuis lors un succès qui traverse les frontières et les époques, porteur d’un message universel.

#expopetitprince

Commissariat
• Anne MONIER VANRYB, conservateur au département moderne et contemporain, en charge de la collection de jouets au Musée des Arts Décoratifs
• Alban CERISIER, archiviste-paléographe, historien de l’édition et de la littérature

Scénographie
• Designers Unit

Exposition conçue en partenariat avec la Fondation Antoine de Saint Exupéry
avec le soutien du Comité international et des Friends of the Musée des Arts Décoratifs, des Éditions Gallimard, d’Eden Livres et de la Fondation Jan Michalski.
En partenariat avec Air France.
Avec le soutien exceptionnel, par ses prêts, de la Morgan Library & Museum.


Présentation
Teaser de l’exposition « À la rencontre du petit prince »
Réalisation : Anna-Claria Ostasenko / Musique : Wenceslas Ostasenko
© Les Arts Décoratifs / Anna-Claria Ostasenko © Succession Saint Exupéry-d’Agay, © Éditions Gallimard, « Le Petit Prince » raconté par Gérard Philipe, 1954 © 2016 Mercury Music Group, Mercury Records, un label Universal Music 1943
Antoine de Saint-Exupéry, Première édition du Petit Prince, 1943
Reynal & Hitchcock, New York (en français)
© Fondation JMP pour LPP

L’histoire intemporelle et l’écriture parsemée d’illustrations poétiques ont fait la renommée de ce livre, incontournable de la littérature jeunesse dont la portée philosophique est considérable. À travers certains indices disséminés dans les textes, les dessins et la vie de l’auteur, l’exposition vise à dévoiler les aspects parfois méconnus d’Antoine de Saint- Exupéry ainsi qu’à donner des clés de compréhension pour ce conte aussi universel qu’énigmatique.

Héraut des pionniers de l’aviation, Antoine de Saint-Exupéry devient rapidement un écrivain de renom, de son premier roman Courrier Sud en 1929 à Vol de Nuit, couronné du prix Femina en 1931. Il s’engage ensuite dans des raids aériens et des tournées de promotion avec Air France et réalise des reportages engagés, en Espagne ou en URSS.

Cette décennie trépidante est racontée dans Terre des Hommes, paru à la veille de la Seconde Guerre Mondiale, témoignage de l’humanisme invétéré de l’auteur. Le Petit Prince est écrit durant son exil aux États-Unis et y est publié, en français et en anglais, en 1943. Ce n’est qu’en 1946 qu’il paraît, à titre posthume, dans la patrie de Saint-Exupéry.

Antoine de Saint-Exupéry chez Silvia Hamilton, 1942
© Coll. Succession Saint-Exupéry-d’Agay

Une plongée dans l’enfance d’Antoine de Saint-Exupéry ouvre le parcours, retraçant la vie de l’auteur depuis sa naissance, le 29 juin 1900 à Lyon, jusqu’à son adolescence. Son éducation au sein d’une famille aristocrate, ses talents de poète et sa fascination pour les avions sont autant d’expériences qui irriguent son œuvre. Cette introduction aborde également l’idée même de l’enfance, au cœur du récit.

« À la rencontre du petit prince » explore le couple formé par l’aviation et l’écriture qui anime pleinement l’œuvre de Saint-Exupéry. À l’occasion de son service militaire, Antoine de Saint-Exupéry entre dans l’aviation en 1921, avant de rejoindre l’Aéropostale. Ses aventures sur la ligne Casablanca-Dakar en 1926, comme chef d’escale à Cap Juby dans le Sahara entre 1927 et 1928, ou directeur de l’Aeroposta Argentina en 1929 sont à l’origine de ses récits inédits et palpitants. Ces vols inspirent ses deux premiers romans, Courrier sud (1929) et Vol de nuit (1931).

L’exposition revient sur l’accident, en décembre 1935, d’Antoine de Saint-Exupéry et de son mécanicien André Prévost, à l’occasion d’un raid aérien entre Paris et Saigon. Cet épisode constitue le chapitre central de Terre des Hommes, mais marque surtout le point de départ du Petit Prince.

La quatrième partie explore la place fondamentale qu’occupe le dessin dans la vie de l’auteur, pour qui dessiner représente une manière d’être en lien avec son enfance. C’est autour du dessin que l’aviateur et le petit prince se rencontrent : « S’il vous plaît... dessine-moi un mouton ! ».

  • Billet de 50 francs à l’effigie d’Antoine de Saint-Exupéry (recto), années 1990
    © MAD, Paris
  • Billet de 50 francs à l’effigie d’Antoine de Saint-Exupéry (verso), années 1990
    © MAD, Paris

L’ensemble de dessins d’Antoine de Saint-Exupéry, ici rassemblés, constitue un important témoignage du talent protéiforme de l’auteur et montre qu’il a toujours dessiné, souvent sur ses lettres ou ses brouillons, parfois dans des carnets ou en pleine page, au milieu de ses manuscrits.

L’exposition met en avant deux des figures capitales de la vie de Saint-Exupéry pendant la Seconde Guerre mondiale, qu’il passe aux États-Unis (il y arrive à la fin de 1940, afin de convaincre le gouvernement d’entrer en guerre) : son épouse Consuelo, qui inspire le personnage de la Rose, et Léon Werth. Ami proche, ce dernier est un véritable maître à penser et soutien spirituel, également antimilitariste et anticolonialiste. C’est à lui que Le Petit Prince est dédié.

Une salle entière est consacrée au point d’orgue de l’exposition : le manuscrit original du Petit Prince, conservé à New York, à la Morgan Library & Museum, présenté à Paris pour la première fois. Ce prêt exceptionnel est complété par des originaux inédits provenant d’une collection n’ayant encore jamais été rendue accessible au public.

Antoine de Saint- Exupéry, Édition du Petit Prince en amharique, 1974
Addis Abeba. Traduction : Habte Maryam Markos
© Fondation JMP pour LPP

Enfin, c’est la vie posthume du petit prince qui est explorée, comme le double littéraire qui survit à Saint-Exupéry, bien après sa mort. La disparition de l’auteur, héros mort pour la France en 1944, contribue en effet à sacraliser l’ouvrage. Pour conclure le parcours, 120 éditions étrangères parmi les presque 500 langues et dialectes dans lesquels le livre a été traduit sont réunies sous la forme d’une « bibliothèque universelle ».

Avec l’exposition « À la rencontre du petit prince », le Musée des Arts Décoratifs poursuit son cycle d’expositions sur la littérature jeunesse initié avec « Une histoire, encore ! 50 ans de création à l’école des loisirs » en 2016, et « Les Drôles de Petites Bêtes d’Antoon Krings » en 2019. Enfants, adultes, mais surtout enfants cachés au cœur des grandes personnes, tous sont invités à partager le message d’espoir humaniste d’Antoine de Saint-Exupéry, et de son ami le petit prince.

Le petit prince à Paris
Par Olivier Gabet, directeur du Musée des Arts Décoratifs

Il y a des sujets inépuisables et des vies illustres. Les livres et les ouvrages s’accumulent pour leur rendre hommage, de l’épique monumental aux détails infimes. Pour les évoquer, certains adjectifs dont on use et abuse ont fini par perdre leur sens, « iconique », « sublime », « exceptionnel », « mythique »… Antoine de Saint-Exupéry, le petit prince : on pourrait à l’infini les décrire et les qualifier, avec ces adjectifs comme avec d’autres encore. Romans et écrits, correspondances, et leurs corollaires inévitables, biographies et commentaires, érudition joyeuse, précision absolue, des milliers de pages pour éclairer un destin et faire l’exégèse d’un texte devenu, depuis sa parution en 1943, à New York, une œuvre universelle. Dans la tourmente des années les plus sombres de l’Histoire, Saint-Exupéry offre un conte philosophique intemporel, qu’il semble bien difficile de ranger, trop catégoriquement, dans la littérature destinée à la jeunesse, mais plutôt dans celle qui parle intimement à chacun au fil du temps qui passe, chaque lecture trouvant des résonances différentes selon l’âge, le moment, le lieu quelquefois.

Dans la riche bibliothèque Saint-Exupéry, ce catalogue n’est pas un livre de plus, il est celui qui accompagne la présentation pour la première fois en France des pages du manuscrit original et des dessins qui le parsèment, comme une constellation graphique et subtilement colorée. Cela paraît presque insensé que de l’écrire, « la première fois », tant cela semble tomber sous l’évidence qu’il a déjà été exposé. [...]

  • Roger de Valério, Dans tous les ciels, Air France, 1935
    © Photo : MAD, Paris / Christophe Dellière
  • Charles-Édouard Derche, L’hiver, le printemps, au Maroc par l’Aéropostale, 1929
    © MAD, Paris

Au-delà de ces pages d’exception, c’est une exposition en soi qui s’épanouit, parcourant la vie de l’écrivain-aviateur, recensant les sources du texte et ses errances, rassemblant d’autres documents et d’autres dessins, généreusement prêtés par institutions et collectionneurs. [...]

Antoine de Saint-Exupéry, le petit prince et la rose, Consuelo de Saint- Exupéry : cette exposition, à la suite de la publication de la correspondance des époux entre 1930 et 1944, redonne présence et chair à celle qui fut pleinement artiste et épouse, inspiratrice et écho, aiguillon et complice. Dans l’espace du musée, autant que faire se peut, l’Histoire s’écrit en pleine page, elle se joue aussi des marges, recentre les notes dans le corps du texte. Consuelo y avait tout à fait sa place, cela est fait. [...]

« Ne me laissez pas tellement triste : écrivez-moi vite qu’il est revenu… », tels sont les derniers mots du Petit Prince. Réjouissons-nous de son arrivée qui sera comme un retour.

Introduction
Par Anne Monier Vanryb, commissaire de l’exposition

Le Musée des Arts Décoratifs s’intéresse aux enfants et objets de l’enfance depuis le début du XXe siècle, comme en témoignent la constitution progressive en ses murs de la collection nationale de jouets, mais aussi sa tradition d’éducation artistique, ou encore le nombre important de livres pour enfants que compte sa bibliothèque. Dans ce genre spécifique, Le Petit Prince se démarque particulièrement, chef-d’œuvre mais aussi best-seller absolu de la littérature française, vendu à plus de deux cents millions d’exemplaires dans le monde, en presque cinq cents langues différentes. Au-delà de son extrême popularité, Le Petit Prince est surtout un livre très singulier, qui mérite qu’une exposition lui soit exclusivement consacrée au sein du cycle dédié à la littérature jeunesse organisé par le Musée des Arts Décoratifs. […]

Les livres pour enfants du XIXe siècle sont les héritiers de la tradition anglo-saxonne, qui mêle fiction et leçon de morale, née des Pensées sur l’éducation de John Locke en 1693. En France, la littérature enfantine se développe en parallèle des lois qui, entre 1833 et 1882, instaurent l’enseignement primaire obligatoire. […]

Les années 1930 constituent un véritable tournant, lié notamment à la création des Albums du Père Castor par Paul Faucher. De petit format et vendus à des prix accessibles, ils font néanmoins appel à des artistes de renom pour les illustrations […]. D’autres artistes et auteurs qui n’ont pas l’habitude de créer pour les enfants décident également de s’intéresser à ce public très particulier : le poète Tristan Derème et son petit garçon Patachou, qui rêve de boas et d’éléphants et constitue une très probable influence pour Le Petit Prince, André Maurois, qui rapproche le petit prince de la « fée temporaire » de son Pays des 36 000 volontés, ou Gertrude Stein, intellectuelle d’avant-garde qui écrit en 1938 The World is Round, l’histoire d’une petite Rose et de son monde rond, sur lequel circulent, notamment, des éléphants. Intemporel et singulier, Le Petit Prince s’inscrit ainsi dans la sensibilité de son époque. […]

Destiné aux enfants ou non, Le Petit Prince traite de sujets sérieux. « Je n’aime pas qu’on lise mon livre à la légère » écrit Saint-Exupéry, et c’est tout le paradoxe du Petit Prince d’être à la fois très simple et très profond. L’exposition exauce ce vœu de Saint-Exupéry, le travail sur les nombreuses sources rassemblées démontrant qu’on ne peut effectivement pas lire ce livre à la légère. […]

Si dans une ultime lettre à un ami il écrit ne rien regretter s’il est abattu, épouvanté par la société de robots qu’il entrevoit, le petit prince sait bien qu’il n’en est rien et continue à porter, depuis plus de soixante-quinze ans, le message d’espoir humaniste de son ami Antoine de Saint-Exupéry.

Georges Dutriac, Illustrations pour l’Aviateur du Pacifique du capitaine Danrit Flammarion, 1909
Crayon et encre sur papier
© Archives Éditions Gallimard
Thématiques

« Je suis de mon enfance »

Carte postale du château de Saint Maurice de Rémens, 1900-1920
Photo
© Coll. Succession Saint Exupéry – d’Agay

Né à Lyon le 29 juin 1900, Antoine de Saint-Exupéry a durant toute sa vie célébré l’enfance, la part d’éternité des premières années, qui portent en germe l’ébauche de la vie future. L’écriture du Petit Prince doit beaucoup à cet âge d’or fait de joies simples et d’imagination, elle est la matérialisation d’un rapport émerveillé au monde.

« Quelques-uns savent ne pas vieillir et rester poètes » : dans le dialogue entre le petit prince et le pilote, Saint-Exupéry dessine une frontière perméable entre l’enfance et l’âge adulte. Le pilote sait se fondre parmi les grandes personnes sans en être vraiment une. Il n’est pour autant plus un enfant, tant l’exaspèrent parfois les questions incessantes du petit prince – quant à lui capable de faire face à ses responsabilités en entretenant seul sa planète et sa rose, comme un adulte.

Frédéric Boissonas, Marie-Madeleine, Gabrielle, François, Antoine et Simone de Saint-Exupéry, 1907 (tirage postérieur)
Carton
© Coll. Succession Saint Exupéry – d’Agay

« Il ne faut pas écrire de contes de fées, j’écrirai un conte sur l’avion »

Cammey, Les hommes volants, Une du Petit Parisien, Supplément littéraire illustré, 8 décembre 1907
© Archives Éditions Gallimard

Le couple formé par l’aviation et l’écriture anime l’œuvre de Saint-Exupéry, dans une quête d’authenticité : l’expérience est indissociable du récit que l’on peut en faire. Ses aventures sur la ligne Casablanca-Dakar de l’Aéropostale en 1926, comme chef d’escale à Cap Juby dans le Sahara entre 1927 et 1928, ou directeur de l’Aeroposta Argentina en 1929 sont susceptibles de créer des récits inédits et palpitants. Héraut des pionniers de l’aviation, il devient un auteur incontournable, de son premier roman Courrier Sud en 1929 à Vol de Nuit, couronné du prix Femina en 1931. Saint-Exupéry s’engage ensuite dans des raids aériens et des campagnes de promotion de l’avion comme moyen de transport, avec Air France, et profite de son statut pour réaliser des reportages engagés, en Espagne ou en URSS. Cette décennie trépidante est racontée dans Terre des Hommes, paru à la veille de la Seconde Guerre mondiale, et témoigne de l’humanisme invétéré de l’auteur.

« J’ai ainsi vécu seul, sans personne avec qui parler véritablement, jusqu’à une panne dans le désert du Sahara il y a six ans »

Anonyme, Antoine de Saint-Exupéry et André Prévot, 2e quart du XXe siècle
Papier
© Mehun-sur-Yèvre, musée Charles VII

Fin décembre 1935, Saint-Exupéry participe avec son mécanicien André Prévot au raid aérien Paris-Saïgon, afin de battre un record de vitesse. Mais son Caudron Simoun F-ANRY percute une dune dans le désert de Lybie, en Égypte. Après avoir épuisé leurs maigres provisions, les aventuriers décident de s’élancer dans le désert en direction de l’Est, à l’instar d’Henri Guillaumet lors de sa survie miraculeuse dans les Andes. Lors de cette longue marche, Saint-Exupéry rencontrera quelques renards des sables. Après trois jours d’errances, les deux hommes seront finalement sauvés par des Bédouins le 1er janvier 1936. Cet épisode donne lieu au chapitre central de Terre des Hommes et constitue l’une des grandes sources d’inspiration du Petit Prince : Saint-Exupéry aurait-il rencontré, au cours de son périple, un petit personnage venu d’ailleurs ?

« Un dessin va, et l’autre ne ressemble plus »

Antoine de Saint-Exupéry, L’Adieu in Poésie de Jeunesse, 1919
Encre de Chine sur papier
© Coll. Succession Saint Exupéry – d’Agay © Photo : Paris, Archives nationales

C’est autour du dessin que l’aviateur et le petit prince se rencontrent au début du livre : « S’il vous plaît… dessine-moi un mouton ! ». C’est également par le dessin que le petit prince surgit dans la vie de Saint-Exupéry, sous les traits d’un petit bonhomme interrogatif ou amusé. À la différence du pilote du Petit Prince, qui dit avoir rapidement abandonné cette activité, Saint-Exupéry a toujours dessiné, souvent sur ses lettres ou ses brouillons, parfois dans des carnets ou au milieu de ses manuscrits. S’il se désole de ne pas être meilleur dessinateur, renonçant peu à peu à sa manière réaliste au profit d’un dessin poétique et stylisé, il se rattachera toujours à cette pratique pour rendre compte de ses états d’âme et de sa vision du monde. L’immense majorité des dessins ne portent pas de titre ni de signature, mais cet ensemble constitue un important témoignage du talent protéiforme de l’auteur.

« Ainsi je ne me désolidariserai pas d’une défaite qui, souvent, m’humiliera »

Fort de ses convictions, Saint-Exupéry tient à combattre pendant la Seconde Guerre mondiale. Les situations et batailles qu’il observe depuis son avion nourrissent ses réflexions sur le conflit. Après l’armistice, il gagne à la fin de l’année 1940 les États-Unis, pays où il est extrêmement populaire, afin de convaincre le gouvernement d’entrer en guerre contre l’Allemagne. Il y écrira et y publiera le récit de sa guerre, Pilote de Guerre, en anglais Flight to Arras.

S’il est très entouré, Saint-Exupéry souffre néanmoins d’être exilé, loin de son pays en guerre. Il a du mal à développer son rôle politique, et l’inaction le frustre. Son engagement dans la Seconde Guerre mondiale et sa situation complexe à New York à partir de 1941 contrastent avec la lecture du Petit Prince comme un livre pour enfants.

« On sait que les contes de fées, c’est la seule vérité de la vie »

Antoine de Saint-Exupéry, Le petit prince et le renard, étude pour Le Petit Prince, 1942 ou 1943
Aquarelle et encre sur papier. Stiftung für Kunst, Kultur und Geschichte, Winterthur
© Coll. Succession Saint Exupéry – d’Agay © Photo : SKKG 2021

Dans son exil américain, Saint-Exupéry poursuit la rédaction de Citadelle, sorte de conte des Mille et Une Nuits philosophique. Afin de lui changer les idées, ses éditeurs américains, intrigués par les multiples petits dessins qu’ils le voient griffonner, lui proposent d’écrire un conte pour enfants.

Initialement prévue pour Noël 1942, la parution du livre est retardée par le soin apporté par Saint-Exupéry à son texte et à ses illustrations. Il paraît au mois d’avril 1943 aux États-Unis, en français et en anglais. Il faudra attendre la fin de la guerre pour que Gallimard publie l’édition française à Paris, en avril 1946.

L’œuvre de Saint-Exupéry est traversée par un ensemble de thèmes récurrents qui s’incarnent dans les personnages et les épisodes du Petit Prince. Ce livre testament présente ainsi la version la plus aboutie de ce que l’on pourrait nommer la morale « éxupérienne ».

Le manuscrit

Antoine de Saint-Exupéry, Le petit prince déterrant des pousses de baobab, 1942
Aquarelle, encre et crayon sur papier
© Coll. Succession Saint Exupéry – d’Agay © Photo : The Morgan Library & Museum. MA 2592.20. Purchased on the Elisabeth Ball Fund, 1968

S’il peut sembler curieux qu’une figure aussi influente que Saint-Exupéry s’occupe pendant plusieurs mois à rédiger un livre pour enfants, c’est que Le Petit Prince est en réalité une ample réflexion sur les choses sérieuses. Celles qui sont sérieuses pour le petit prince, pour le pilote ou pour nous, et celles qui devraient l’être.

Il est difficile de savoir si le conte s’adresse aux enfants ou à leurs parents ; mais cette hésitation, jamais résolue, n’a pas d’incidence sur la force du propos et sur la beauté poétique du récit et des images qui l’incarnent.

Les feuillets du manuscrit du Petit Prince, offerts par l’auteur à son amie Silvia Hamilton et conservés à la Morgan Library & Museum de New York, sont ici présentés pour la première fois en France, enrichis d’un ensemble exceptionnel, en grande partie inédit, d’esquisses, de dessins préparatoires et d’aquarelles originales. Une révélation qui, suivant le cheminement du récit, suggère une nouvelle façon de lire et de redécouvrir Le Petit Prince.

La bibliothèque universelle

Antoine de Saint-Exupéry, Édition du Petit Prince en bengali, Manzoor Khan Chaudhary, Dhaka, traduction Jahirul Huq, 1970
© Photo : Fondation JMP pour LPP

Phénomène mondial de l’édition depuis 75 ans, Le Petit Prince a été vendu à deux cent millions d’exemplaires, dans presque 500 langues ou dialectes. Chaque année, quelque cinq millions d’exemplaires se vendent dans le monde et les adaptions musicales, théâtrales et audiovisuelles se multiplient. D’abord traduit dans les langues européennes, les traductions s’étendent ensuite à l’Asie à partir des années 1970, jusqu’à gagner l’Afrique à la fin des années 90. Ce succès ne l’a toutefois pas préservé de la censure : en 1958, le gouvernement communiste hongrois l’interdit à la vente car il pourrait « vicier le goût [des] enfants ».

Le Petit Prince est un gage de légitimité pour les langues minoritaires : sa traduction en toba, dialecte d’une petite communauté aborigène du nord de l’Argentine, marque la parution du premier livre de fiction dans cette langue. C’est aussi un formidable outil éducatif. En 2003, le conte a par exemple été traduit en khmer afin de lutter contre l’illettrisme au Cambodge.

Dates-clés

1900
Naissance.

1912
Baptême de l’air près de Saint-Maurice (Val-de-Marne).

1917 - 1919
Préparation du concours d’entrée à Navale à Paris.

1921
Brevet civil de pilotage.

1922
École pratique d’aviation d’Avord.
Titularisé observateur d’avion au Bourget.

1923
Premier accident d’aviation au Bourget.
Courtes fiançailles avec Louise de Vilmorin.

1926
Engagement à l’Aéropostale (anciennement les lignes Latécoère) sur la ligne Casablanca-Dakar.

1927 - 1928
Direction de l’aéroplace de Cap Juby.

1929
Parution de Courrier Sud, en cours d’écriture depuis 1924, rédigé à Cap Juby.
Direction de l’Aeroposta Argentina.

1930
Rencontre avec Consuelo Suncín Sandoval.
Accident de Henri Guillaumet son ami.

1931
Parution de Vol de Nuit, Prix Femina.
Mariage en France avec Consuelo Gómez Carrillo.

Photographie de Consuelo de Saint-Exupéry dédicacée à Antoine : « Pour mon Tonnio. Son poussin qui l’aime à l’infini. Consuelo. », 1935
Tirage argentique d’époque
© Succession Consuelo de Saint Exupéry

1936
Reporter à Barcelone pour L’intransigeant.

1937
Reporter à Madrid pour Paris-Soir.

1938
Accident à Guatemala City lors du raid Canada-Terre de Feu.
Convalescence à New York.

1939
Parution de Terres des Hommes, Grand Prix du roman de l’Académie française. 1933
Accident d’hydravion dans la baie de Saint-Raphaël.

1935
Accident dans le désert de Libye lors du raid Paris-Saïgon.
Reporter en URSS pour Paris-Soir, vol sur le Maxime-Gorki la veille de son explosion.

1940
Mobilisation pour la base aérienne de Toulouse.
Affectation dans la Marne au groupe de reconnaissance aérienne II/33 (escadron de reconnaissance).
Départ pour New York pour convaincre les États-Unis d’entrer en guerre, trajet effectué avec Jean Renoir.

1942
Parution à New York, en anglais et en français, de Pilote de Guerre.
Rédaction du Petit Prince.

1943
Parution à New York, en anglais et en français, du Petit Prince.
Parution à New York, en anglais et en français, de Lettre à un otage.

1944
Retour au II/33 en Sardaigne, dernière mission.
Disparition le 31 juillet, annoncée le 8 août.

1945
Hommage officiel à la cathédrale de Strasbourg le 31 juillet.
Déclaré mort pour la France le 30 août.

1946
Publication du Petit Prince en France en avril.

1948
Publication de Citadelle.

1965
Plaque édifiée au Panthéon le 17 septembre 1965.

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