Le Musée des Arts Décoratifs célèbre l’histoire du design pour tous à travers deux des plus grandes enseignes de distribution d’objets du quotidien qui ont su démocratiser le design : Prisunic puis Monoprix.

L’exposition « Le design pour tous : de Prisunic à Monoprix, une aventure française » retrace dans les collections permanentes du musée, à travers plus de 500 œuvres (mobilier, objets et affiches publicitaires), cette aventure créative et engagée, que résume le slogan devenu culte : « Le beau au prix du laid ».

Elle revient sur les plus grands succès des collaborations initiées dans les années 1960 par Prisunic et poursuivies par Monoprix, avec des designers de renom comme Terence Conran, Marc Held, India Mahdavi, Constance Guisset ou Ionna Vautrin, mais aussi des graphistes, photographes et illustrateurs parmi les plus créatifs de leur époque, tels Roman Cieslewicz, Friedemann Hauss et des stylistes, tel Alexis Mabille. La scénographie a été confiée à l’architecte et designer India Mahdavi, qui a elle-même collaboré à deux reprises avec Monoprix.

Friedemann Hauss, Affiche Été 70 Prisunic, 1970
Papier, sérigraphie
© MAD, Paris / Christophe Dellière

Née en 1931, la chaîne de magasins Prisunic introduit en France, dès 1946, le marketing selon le modèle américain grâce à son nouveau directeur Jacques Gueden et a su démocratiser, dès la fin des années 1950, le mobilier et l’habillement contemporains de qualité. « Le beau au prix du laid » devient le slogan officiel, créé par Denise Fayolle, directrice du bureau de style de 1957 à 1967. L’enseigne impulse les premières collaborations avec des créateurs. S’y côtoient les grands noms du design et du graphisme parmi lesquels Terence Conran, qui participe au premier catalogue de vente en 1968 présentant mobilier, luminaire et vaisselle que l’enseigne, pionnière par sa formule de vente par correspondance, met habilement en scène. En 1997, Prisunic fusionne avec Monoprix, animé par une volonté égale de rendre le design accessible à tous : l’enseigne, qui réaffirme « le plaisir de vivre à la française », occupe dès lors une place de choix dans le quotidien des consommateurs.

Ionna Vautrin, Vase, 2021
Céramique
© Eugénia Sierko / Monoprix

L’exposition, thématique et chronologique, est conçue en deux parties : la première, consacrée à Prisunic, s’illustre par des collaborations majeures initiées avec des graphistes et designers que les catalogues de vente par correspondance diffusent entre 1968 et 1976. Le second volet met en lumière les réalisations phares de créateurs invités par Monoprix en reprenant un thème cher à l’enseigne – l’objet du quotidien – à travers l’art de la table, l’assise et l’habillement. Présenté dans les collections modernes et contemporaines, le parcours propose un dispositif original de « ready-made » (mobilier et présentoirs de magasin utilisés comme systèmes de présentation) qui évoque l’univers de la grande distribution, servi par une scénographie colorée et lumineuse.

India Mahdavi, Tabouret, 2017
Métal laqué
© Eugénia Sierko / Monoprix © Adagp, Paris, 2021

Au palier du niveau 3, la visite s’ouvre sur des pièces de design emblématiques de Monoprix, montrées avec fantaisie dans des réfrigérateurs réutilisés en vitrines : reproduites dans une finition dorée, elles sont signées Marion Lesage, India Mahdavi ou Ionna Vautrin. Des films publicitaires et des interviews filmées animent cet espace. Dans l’enfilade de salles, une chambre et un salon Prisunic sont reconstitués en deux period rooms. Les designers réalisent pour l’enseigne un mobilier simple, accessible et fonctionnel à partir de matériaux colorés en métal ou polyester. Certaines pièces, comme le lit en polyester moulé réalisé par Marc Held (1970) ou bien l’ensemble de mobilier en tôle émaillée créé par le plasticien Jacques Tissinier (1973), conservés dans les collections du Musée des Arts Décoratifs, sont aujourd’hui devenues des icônes du design des années 1970.

Au niveau 5 du Pavillon de Marsan, l’exposition apporte un éclairage sur l’histoire de chaque enseigne. Elle dévoile des documents d’archives rares et objets de « merchandising » tels des sacs de courses, pin’s et porte-clés publicitaires, ainsi que des caddies, présentés avec originalité sur des caisses enregistreuses.

Agence Rosapark, Affiche Lait interdit d’interdire, 2018
Papier, offset
© MAD, Paris / Jean Tholance

À travers une sélection d’affiches issues du musée, la Galerie d’actualités revient sur le marketing des deux enseignes, dont l’image graphique forte est portée par les grandes agences de publicité et leurs graphistes. Parmi eux, Friedemann Hauss, Roman Cieslewicz pour MAFIA (Maïmé, Arnodin, Fayolle, International Associés), qui participe activement, mais également les publicitaires T.B.W.A. (Tragos, Bonnange, Wiesendanger, Ajroldi) et R.S.C.G.(Roux, Seguéla, Cayzac, Goudard) qui ont su singulariser l’identité visuelle de Prisunic. Plus récemment, c’est l’agence FCB (Denis Garcia Garcia & Lily Van der Strokker) qui collabore avec Monoprix puis Cléo Charuet avec l’Agence Havas City devenue Rosapark, qui relance l’identité avec ses lettres capitales et ses bandes de couleurs. En 2021, pour accompagner les différentes périodes de confinement, Monoprix choisit l’agence DDB pour réaliser ses campagnes publicitaires.

Vincent Darré, Lampe Abeille, 2021
Verre, métal
© Eugénia Sierko / Monoprix

La seconde partie de l’exposition revient sur les collaborations qui ont marqué ces deux dernières décennies. La visite se poursuit, toujours au niveau 5, à travers le prisme du rêve et de la fantaisie en révélant les dimensions les plus oniriques de certaines créations telles que la robe de mariée du couturier Alexis Mabille qui dialogue avec le mur d’assiettes signées G by Gien, ou bien la collection d’assiettes Dominoté par Antoinette Poisson qui redonne vie aux techniques ancestrales et au savoir-faire artisanal.

Le parcours est également rythmé par une period room qui présente une sélection d’objets conçus pour les activités quotidiennes : manger, sortir ou se vêtir. Il met aussi en avant des monographies telles que Maison Château Rouge, dont la collection de 2018 a célébré le travail de l’entreprise sociale de femmes en Inde Creative Handicrafts.

Le Pavillon de Marsan accueille également des monographies de créatrices parmi les plus emblématiques de Monoprix (India Mahdavi, Paola Navone, Ionna Vautrin, Constance Guisset et Nadia Gallardo). Les créations artisanales réalisées en Inde et en Afrique se mêlent aux collections permanentes, évoquant la scène internationale. Dans la même salle, les visiteurs replongent dans l’enfance, terrain d’exploration fécond pour les créateurs, illustré par des vêtements d’enfants et des jouets des collections du musée.

Hussein Chalayan, Giles Deacon, Anne Valérie Hash, Alexis Mabille, Yiqing Yin, Petites robes noires, 2013
Textile
© Monoprix

Dialoguant avec des réalisations majeures d’icônes du design, les Petites Robes Noires par Alexis Mabille, Hussein Chalayan, Yiqing Yin, Anne Valérie Hash et Giles Deacon (2013) habillent la chambre de Jean Prouvé pour la Cité Universitaire d’Antony tandis que la cuisine de Le Corbusier, réalisée d’après un projet de Charlotte Perriand pour la Cité radieuse de Marseille, est investie d’objets et ustensiles du quotidien.

L’ensemble des catalogues Prisunic qui ont marqué des générations, complété par des lithographies alors vendues en « libre-service » entre 1967 et 1973 à l’initiative de Jacques Putman, achèvent le parcours dans la bibliothèque du Musée des Arts Décoratifs. Cette dernière partie interroge la notion de la couleur – véritable manifeste chromatique des deux enseignes – au regard des collections de la bibliothèque.

Marcel Duffas, Photographie de mode en noir et blanc, 1966-1967
Tirage argentique d’époque
© Marcel Duffas © MAD, Paris / Jean Tholance

À travers « Le design pour tous : de Prisunic à Monoprix, une aventure française », le Musée des Arts Décoratifs, qui consacre pour la première fois une exposition à l’univers de la grande distribution, fait revivre une aventure créative et graphique qui a marqué l’histoire du design en France. Elle apporte un nouveau regard sur le parcours permanent, qui présentait déjà, depuis 2018, une sélection de pièces Prisunic issues des collections du musée.

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