Hélène (1885-1972) et Jean-Pierre Hugot (1888-1976) sont nés à Paris dans un milieu aisé mais relativement atypique. Leur mère, Marie-Émilie Gobin, descendante de l’inventeur de l’œillet métallique, Guillaume Daudé, n’épousa en effet jamais leur père, Charles-Victor Hugot, un self-made man devenu l’un des plus grands marchands d’éventails de la période que ses succès conduisirent à arpenter tant l’Europe que l’Australie et l’Afrique.

Leurs parents leur donnèrent une éducation raffinée et cultivèrent chez Hélène et Jean-Pierre le goût des langues et de la musique ; devenus orphelins dès le début du XXe siècle, les Hugot durent toutefois abandonner toute velléité artistique et reprendre les activités familiales. Tout jeune centralien, Jean-Pierre Hugot occupa ainsi un rôle important au sein de la gestion de l’entreprise G. Daudé et Cie, spécialisée dans les accessoires métalliques – œillets, rivets tubulaires ou crochets, employés tant dans l’industrie automobile que dans la confection de luxe – dont le siège était situé rue du Temple, dans l’hôtel de Montmor. Les Hugot furent fortement marqués par la Première Guerre mondiale, au cours de laquelle ils perdirent leur frère aîné et qui laissa Jean-Pierre quasiment sourd. Ils décidèrent à partir de l’armistice de consacrer leur fortune à la sauvegarde du patrimoine français, matériel comme immatériel, tout en menant ensemble une vie relativement retirée dans leur appartement de l’avenue Foch et en aidant de multiples associations catholiques et œuvres de charité. Ils menèrent une véritable politique d’achat et de restauration de bâtiments anciens, en vue de les confier à des institutions. Ainsi de leur grande maison du Déluge, dans l’Oise, et de l’hôtel de Montmor, qu’ils donnèrent à l’Institut de France, ou de l’hôtel du Petit Tambonneau, rue de l’Université, qu’ils achetèrent en 1948 et confièrent à leur mort au Collège de France.

Sans descendants directs, les Hugot souhaitaient donner l’ensemble de leurs biens à la collectivité. Aux nombreux dons qu’ils effectuèrent de leur vivant, notamment au Musée du Louvre et au Musée du costume de la Ville de Paris, s’ajoutèrent les legs inscrits dans leur testament. Témoignant de leur profonde humilité, voire d’un désir de disparition totale – symbolisé par la formule « On liquide et on s’en va » qu’employait régulièrement Jean-Pierre Hugot –, ces legs furent effectués sans condition et permirent, outre l’enrichissement de plusieurs musées, la création en 1979 de la Fondation Hugot du Collège de France. Ayant son siège au 11 rue de l’Université, à Paris, dans l’hôtel du Petit Tambonneau construit sur des plans de Louis Le Vau, cette dernière a pour but de favoriser le développement des activités du Collège de France et de promouvoir les rencontres et échanges entre savants du monde entier autour d’une recherche libre et indépendante, envisageant de façon pluridisciplinaire tout ce qui touche à l’homme, à sa culture et à son environnement. Leur exécuteur testamentaire et ami Jean Bachelot, un homme qu’ils avaient connu alors qu’il était étudiant, contribua à la mise en place de cette Fondation singulière dans le paysage français, au Conseil d’administration de laquelle il siégea jusqu’à sa mort en 2013, s’assurant du respect des volontés des Hugot.

Pascale Cugy