La première rédactrice en chef du Harper’s Bazar, Mary Louise Booth, est née en 1831 dans l’État de New York et a grandi dans la campagne de Long Island, où sa famille est établie depuis le XVIIIe siècle. Enfant surdouée, élevée dans le respect des Écritures et des Humanités, elle gagne rapidement sa vie en tant que rédactrice, traductrice et journaliste. […]

Ses traductions de La Femme affranchie de Jenny d’Héricourt et de l’autobiographie de George Sand, non publiée, reflètent son engagement pour la cause des femmes. Dès 1855, elle se lie aux fondatrices des groupes de femmes du New England Women’s Club de Boston et du Sorosis Club de New York. L’année suivante, elle rejoint l’Anti-Slavery Society. Elle s’engage aussi en matière esthétique en devenant membre, à partir de 1857, de la Society for Advancement of the Truth in Art. […] Mary L. Booth et le Dr Zakrzewska cosignent en 1862 un appel à souscription pour un Woman’s journal ayant pour devise « l’égalité des droits pour tous les hommes ». La guerre civile fait avorter ce projet. […]

Harper’s Bazaar, 2 novembre 1867
Gravure. Illustr. Heloïse Lenoir

En 1867, les quatre frères Harper – Fletcher, James, John et Joseph –, qui publient les magazines populaires Harper’s Weekly, Harper’s New et Harper’s New Monthly, s’adressent à miss Booth en vue de lancer un hebdomadaire féminin à l’image du magazine berlinois Der Bazaar. […]

Mary L. Booth construit un succès en définissant ses orientations de magazine de mode – « Nos lecteurs seront ainsi assurés d’avoir accès aux authentiques modes parisiennes, en même temps que les Parisiens eux-mêmes » – et de société : « Les séries, les nouvelles, les poèmes, les mélanges littéraires et artistiques, la science familière, l’esthétique, la littérature actuelle, les nouveaux livres, les divertissements, le jardinage, l’architecture, la littérature domestique – en bref, tout ce qui est susceptible d’intéresser le cercle familial aura la place qui lui revient. » […]

Mary L. Booth affirme une ligne éditoriale fidèle à ses opinions, ouvrant ses pages à la cause suffragiste, mais demeurant, de son propre aveu, en deçà du militantisme. […]

Le féminisme avant la lettre de Mary L. Booth, son patriotisme, sa francophilie sont les ingrédients du style Harper’s Bazar, magazine plus que manifeste d’art de vivre alliant luxe, expression littéraire, portée artistique et notion de progrès social. […]