Sabot, escarpin, botte, sandale, mocassin... et autres souliers singuliers

Le quotidien de la marche

Sabot, escarpin, botte, sandale, mocassin… À travers le monde et le temps, la chaussure adopte une incroyable diversité de formes. Pourtant, que ce soit dans notre société occidentale comme dans le reste du monde, du Moyen Âge à nos jours, les souliers des femmes, des hommes et des enfants partagent la même raison d’être : protéger la peau fragile du pied des menaces du sol et du climat. Par conséquent, cette pièce de vêtement se révèle indispensable au déplacement piéton. Toutefois, dans bien des cas, certaines chaussures ne sont pas vouées à la marche car souvent délicates, menues, fragiles ou volontairement inconfortables. Si elles peuvent révéler le goût de leur propriétaire pour une forme ou une couleur, elles servent plus généralement à clamer une distinction sociale.

Babouches, sandales, socques et bottes

Paire de chaussures pour homme, Iran, début du XVIIe siècle
Musée des Arts décoratifs
© MAD, Paris / Photo : Hughes Dubois

Dégager un trait commun à toutes ces chaussures originaires d’Afrique, d’Amérique ou d’Asie tient de la gageure. Toutefois, malgré leur diversité, presque toutes sont adaptées à la vie rurale, aux besoins quotidiens de leurs propriétaires et à l’environnement (climat et terrain principalement). Les matériaux sont choisis en fonction de l’élasticité, l’étanchéité, la chaleur ou la solidité que l’on attend de la chaussure. La plupart des détails formels sont pensés pour faciliter la marche : c’est le cas, par exemple, des sandales au bout relevé, évitant que le sable ne vienne se glisser entre le pied et la semelle. Loin d’être des objets seulement utilitaires, ces chaussures sont pourvues de broderies de couleur, de décors de perles, de fourrure, de cuir, etc. Si quelques-uns de ces motifs indiquent parfois l’origine ethnique ou sociale du porteur, ils révèlent qu’une chaussure quotidienne peut être raffinée et conférer à son propriétaire une certaine élégance.

Incidence des formes

Benoit Méléard, chaussure « Hommage à Calder », collection « O », 1999
Paris, Musée des Arts Décoratifs
© MAD, Paris / photo : Hughes Dubois

Les qualités matérielles des chaussures en disent non seulement beaucoup sur celui qui les porte, mais aussi sur la démarche qu’elles engendrent. Les interventions opérées sur la forme touchent trois points principaux : le bout, l’épaisseur des semelles et le talon. Il faut signaler que, en règle générale, l’extravagance se concentre sur les bouts dans le cas des hommes, tandis que, dans celui des femmes, elle est plutôt une question de hauteur, provoquant un défi constant de l’équilibre. Par ailleurs, c’est sur les chaussures féminines que l’on peut repérer les interventions les plus extrêmes et les formes qui s’éloignent le plus de la nature du pied. Au fil des siècles, il semble que les formes aient été plutôt pensées pour entraver la marche, comme si une trop grande mobilité n’était pas convenable, du moins jusqu’à une époque récente.

Souliers singuliers

Il existe des chaussures dotées de formes, de matériaux et de détails techniques particuliers. Toutes ces singularités font d’elles des pièces à part que l’on ne porte qu’en des occasions précises : marcher sur la plage, marcher au pas, sur un tapis de danse ou sur un terrain de sport. Avant le XIXe siècle, les souliers militaires, ceux que chaussent les sportifs ou les danseuses, sont semblables à ceux que l’on porte au quotidien, dans la rue ou dans les salons. Peu à peu, ils perdent talons, boucles et autres frivolités au profit de renforts, de semelles spéciales et d’améliorations diverses pour servir au mieux les fonctions auxquelles ils sont assignés. Le « godillot » ou la botte du soldat, le soulier démesuré du clown ou le chausson de la danseuse sont des modèles si caractéristiques qu’ils ne peuvent qu’engendrer une marche et une démarche atypiques.

Des constructions inédites

Paco Rabanne, paire d’escarpins pour femme, modèle Verseau, collection haute couture, printemps-été 1995
Paris, Musée des Arts Décoratifs, don Paco Rabanne, 1997
© MAD, Paris / Photo : Jean Tholance

Les progrès technologiques de l’immédiat après-guerre engendrent une fascination pour une esthétique futuriste en rupture avec les canons anciens. Quelques expériences sont tentées en termes de chaussures, notamment par Paco Rabanne, dès 1965. Celles-ci portent principalement sur le métal et le plastique utilisés, dont les propriétés permettent des constructions inédites, expériences que le couturier réitère tout au long de sa carrière. À partir des années 1980, l’émergence des talons hauts dans les chaussures féminines engendre des expérimentations protéiformes qui deviennent le support de réflexions sur le corps, la mode, l’esthétisme et la contrainte.