Ciste « La Conversazione Classica » pour Richard Ginori, 1924
Porcelaine émaillée, décor rehaussé d’or à la pointe d’agate. Collection Sesto Fiorentino, Museo Richard Ginori della Manifattura di Doccia, Polo Museale della Toscana
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Rendre hommage en cet automne 2018 à Gio Ponti semble tomber sous le sens, dans la forêt des expositions à programmer, ce grand arbre-là est fièrement enraciné (…) l’évidence même. Aucun anniversaire particulier n’est à célébrer dans une longue vie de création si prolifique que l’élégant Gio Ponti laisse derrière lui des corpus défiant tous les superlatifs : des dizaines de bâtiments majeurs pour l’histoire de l’architecture du XXe siècle, immeubles, maisons, musée, cathédrale, universités et usines de Milan à Téhéran, de Caracas à Denver ; des centaines de modèles d’objets et de pièces de mobilier, des milliers de lettres (…) et des centaines d’articles pour la revue Domus (…). Une œuvre-monde qui fait de Ponti le successeur légitime des plus grands artistes de la Renaissance italienne – en redessinant les contours d’un autre monde possible, poétique et pratique, léger et lumineux, vibrant, il incarne la continuité d’un héritage qui ne cesse de fasciner, le côté Léonard ou Michel-Ange de la chose, de l’ensemble au détail. (…)

Dessins présentés à l’exposition sur le design industriel à la IXe Triennale de Milan, 1957
Encre sur papier
© Gio Ponti Archives, Milan

En 1978, Tony et Carla Bouilhet, qui avaient accompagné ses débuts avec la commande de L’Ange volant, villa post palladienne, avaient commencé à concevoir une rétrospective que sa mort élude un an plus tard – et si elle avait eu lieu, c’est tout naturellement dans la nef du Musée des Arts Décoratifs qu’elle aurait pris place. Osera-t-on rappeler le rôle majeur joué par le musée dans l’organisation de l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes en 1925 ? Une date importante dans la vie de Ponti, puisque l’obtention d’un des grands prix, grâce à sa contribution au Pavillon italien, à travers l’installation de la manufacture Richard Ginori.

D’une certaine manière, Paris a porté chance à Gio Ponti, et ce dernier ne l’oubliera jamais. En 1973, avec la complicité du critique d’art Pierre Restany, François Mathey, alors directeur du musée, consacre à Domus une exposition qui donne à voir quarante-cinq années d’une aventure intellectuelle qui a façonné une grande part de la modernité européenne, autant plate-forme d’inspirations que lieu de rencontres : la liste des collaborateurs qui réunit tout le gotha de la pensée et de la création contemporaines donne le vertige. En guise de remerciements, sur un papier à lettres à en-tête du musée, Gio Ponti dessine une main élégante aux doigts effilés dont s’échappe sa belle écriture déliée : « Merci mon ami pour tout ce que vous et le musée avez fait pour Domus et moi, à vous Mathey i miei pensieri fraterni. » Aussi les fils sont-ils nombreux qui relient le Musée des Arts Décoratifs et Gio Ponti, comme un long compagnonnage, irrégulier mais fidèle. Cette exposition vient à son heure pour rendre à César ce qui lui appartient et à Ponti la place qui lui revient dans l’histoire de l’architecture, du design et des arts décoratifs, une grande part de l’histoire de l’art en somme. (…)

Gio Ponti et sa fille Lisa au Musée des Arts Décoratifs de Paris, 1973
© Gio Ponti Archives, Milan

Au Musée des Arts Décoratifs, dans ce sentiment d’unité qui était l’un des motifs permanents de sa vision, Gio Ponti retrouve les génies d’un lieu qu’il a aimé et fréquenté, qui a représenté beaucoup de sa complicité avec la France et de son rayonnement international. Comme le sentiment de le voir revenir aux sources de son art, Gio Ponti est ici chez lui.