60 ans après la Révolution à Cuba, le Musée des Arts Décoratifs dévoile, du 31 octobre 2019 au 2 février 2020, l’âge d’or de l’affiche cubaine des années 1960 et 1970 dans un contexte culturel et politique dont les artistes se sont emparés. Longtemps méconnue en raison du blocus et de l’isolement de Cuba, cette école stylistique commence tout juste à sortir du huis clos dans lequel elle s’est construite. Affiches cubaines : révolution et cinéma, 1959-2019 propose d’explorer cette effervescente production graphique à travers 250 affiches, principalement issues des collections du musée. Elle permet de découvrir et de comprendre l’éclosion de cette grande école d’affichistes et de suivre, à travers elle, l’histoire de l’État insulaire.

Niko (Antonio Perez Gonzales, dit), Leyenda gitana
Dir. : Imre Gyongyossy, ICAIC, 1973
© MAD, Paris / photo : DR

Si l’affiche cubaine apparaît sur l’île dès la fin du XIXe siècle, il faut attendre la période de la Révolution pour qu’elle devienne une école à part entière. Jusqu’en 1959, date de l’arrivée de Fidel Castro au pouvoir, elle est essentiellement commerciale et vante la consommation de produits d’importation, prenant pour modèle la publicité américaine dont la présence est fortement encouragée par le régime républicain. Pendant la période Révolutionnaire, et avec l’interdiction de la publicité commerciale par Che Guevera, alors ministre de l’industrie (1961), l’affiche devient politique et culturelle.

Les affiches politiques cubaines trouvent leur inspiration dans les événements historiques de la Révolution et mettent en avant ses figures héroïques : première tentative de renversement par Fidel Castro du général Baptista avec l’attaque de la caserne Moncada à Santiago de Cuba en 1953 ; constitution du mouvement révolutionnaire du « 26 juillet » ; compagnons d’armes de la Guerilla avec les figures du Che et de Camillo Cienfuegos ; prise de la Havane et du pouvoir par la Guerilla en 1959, débarquement de la baie des Cochons par les États-Unis en réaction au rapprochement de Cuba avec l’URSS, etc.

  • Dimas (Jorge Dimas Gonzales Linares, dit), 1 Mayo
    ICAIC, 1973
    © MAD, Paris / photo : DR
  • Olivio Martinez, le 8 octobre journée du Guérillero héroïque
    OSPAAAL, 1973
    © MAD, Paris / photo : Christophe Dellière

L’OSPAAL (Organisation de Solidarité avec les peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine) et le DOR (Direction Orientation Révolutionnaire) sont les deux principaux organismes à éditer des affiches politiques à cette époque. Le premier est en charge des problèmes de solidarité internationale – plus particulièrement avec le Tiers-Monde –, le second de l’orientation révolutionnaire à l’intérieur du pays. On doit à Felix Beltran et Alfredo Rostgaard quelques-unes des plus belles réalisations cubaines dans ce domaine.

L’affiche culturelle est, quant à elle, presque exclusivement liée au cinéma, tradition faisant partie intégrante de l’histoire de Cuba qui compte, en 1943, 422 salles dans tout le pays. Le 7e Art devient ainsi, pour Fidel Castro, l’un des principaux outils d’éducation du peuple pour mener à bien sa politique culturelle.

René Azcuy Cardenas, El Leopardo film sirio
ICAIC
© MAD, Paris / photo : DR

Dès sa fondation, en 1959, l’ICAIC (Institut Cubain d’Art et d’Industrie Cinématographique) devient le plus important commanditaire d’affiches, et impose très rapidement un style qui favorise la naissance d’une École. Elle s’impose sur la scène internationale avec René Azcuy Cardenas, Niko, Eduardo Munoz Bachs ou encore Antonio Reboiro comme principaux représentants.

S’échappant de la formule conventionnelle qui présente l’acteur principal ou une scène du film, l’affiche de cinéma est une interprétation libre qui s’émancipe des codes graphiques imposés jusqu’alors par les agences de communication américaines implantées sur l’île. Désormais considérée comme un instrument de propagande, l’affiche doit aussi procurer du plaisir et éduquer à l’art. Les affichistes de l’époque puisent alors leur inspiration dans les courants artistiques contemporains : le pop art, le psychédélisme ou encore le cinétisme. À la différence de nombreux pays communistes dans lesquels l’affiche devait obéir au dictat esthétique du réalisme socialiste, Fidel Castro prône une liberté totale sur le plan formel, voyant dans ce médium une « manifestation visuelle de grand format mise à la portée du peuple qui ne fréquente ni musée ni galerie ».

Eduardo Munoz Bachs, Ichi y la fugitiva
Direccion : Kimiyoshi Yasuda, ICAIC, 1973
© MAD, Paris / photo : DR

La renommée des affichistes cubains est au sommet jusqu’à l’effondrement du bloc soviétique en 1980, avec qui le pays réalise alors 80% du commerce extérieur. Cuba entre dans une grave crise économique et la production d’affiches connaît un arrêt brutal. Les jeunes diplômés de l’ISDI (Institut Supérieur de Design) débutent alors leur carrière dans une conjoncture qui voit une baisse significative de la commande publique. De petits groupes de designers se forment pour créer librement, à l’instar de Next Génération, fondé par Pépé Menéndez (1993-1997), qui incarne une figure clé de ce nouveau courant.

Le collectif NUDO formé par Eduardo Marin et Vladimir Llaguno, traduit quant à lui l’esprit volontairement provocateur vis-à-vis des règles graphiques adoptées jusqu’alors. Il faut attendre les années 2000 pour voir arriver une nouvelle génération d’affichistes cubains qui renoue avec une pratique résolument expérimentale et artistique.

Le parcours de l’exposition, chronologique et monographique, introduit le visiteur à l’histoire de Cuba à travers les affiches politiques, en remettant en contexte les grands événements qui ont inspiré les artistes de l’époque révolutionnaire.

Antonio Reboiro, Corazon solitario
Dir : Francisco Betriu, ICAIC, 1973
© MAD, Paris / photo : DR

Il se poursuit avec l’affiche de cinéma et l’un de ses grands commanditaires ; l’ICAIC et convoque successivement ses grandes figures ; René Azcuy Cardenas, Niko, Eduardo Munoz Bachs et Antonio Reboiro. Enfin, l’exposition s’intéresse à la nouvelle génération d’artistes et révèle toute la richesse de la production contemporaine. Elle réunit des œuvres issues de la collection privée de Luigi Bardellotto, inédite en France.

Affiches cubaines : révolution et cinéma, 1959-2019 est une invitation à explorer un patrimoine graphique encore méconnu, qui lui redonne sa place dans l’histoire internationale de l’affiche.

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