Après la disparition en 1889 du comte Abraham-Behor de Camondo, oncle du collectionneur, un inventaire de ses biens est dressé dans lequel figure un extrait du carnet de sa cave1. Il témoigne de l’ampleur, la qualité et la variété des vins et alcools consommés dans son hôtel situé 61, rue de Monceau. Outre du cognac et nombre de vins liquoreux (xérès 1811, porto 1815), on note la présence de champagne et surtout de grands crus de Bordeaux et Bourgogne, en blancs comme en rouges. On peut supposer que chez son frère, le comte Nissim, père de Moïse de Camondo, la cave était également bien garnie. En 1893, lors des ventes de succession d’Abraham-Behor de Camondo, les comtes Isaac et Moïse, fins gourmets, ont perpétué la tradition familiale et acquis beaucoup de vins et alcools sous des prête-noms2. Le bordereau d’achat du comte Moïse nous est parvenu (ill. 13). Il mentionne cent quarante-trois bouteilles, parmi lesquelles une majorité de vins liquoreux de plusieurs dizaines d’années d’âge (madère Paul, malaga sherry 1835, porto 1840 et 1851, porto rubis, xérès 1811, château-yquem 1864…), ce qui est admirable.

Devenu membre titulaire du Club des Cent en 1928, Moïse de Camondo fait la connaissance de producteurs au cours de dégustations, notamment en Bourgogne, et leur achète des grands crus pour régaler ses invités. Il écrit ainsi à M. Manuel Seguin, exploitant près de Beaune (Côte-d’Or) au printemps 1928 : « Votre envoi de 12 bouteilles de MEURSAULT GOUTTE D’OR 1915 m’est bien parvenu et m’a donné toute satisfaction. Je vous prie donc de me faire l’envoi de TOUTES les bouteilles de ce vin que vous avez de disponibles. Vous voudrez bien y joindre 12 bouteilles de MEURSAULT CHARMES 1915 […]3 » Le 10 mai 1928, n’ayant pas reçu cette commande, il lui envoie un nouveau courrier : « [je] suis très ennuyé comptant sur ces vins que j’aurais aimé faire paraître dans des déjeuners que je donne actuellement4. »

À travers le Club des Cent, le comte de Camondo bénéficie aussi de commandes exceptionnelles de champagne Salon mesnil nature5 et de recommandations de camarades pour des vins millésimés de la maison Moët & Chandon (« Brut impérial 1920 »6) et des grands crus de Bourgogne comme le « Grands-Échézeaux 1924 », le « Montrachet 1929 (comte Lafon) » ou le « Clos Vougeot 1928 »7.

1AMNC, P.AB.2.6.

2Paris, hôtel Drouot, ventes des 8-9 février 1893 (commissaire-priseur : Me Paul Chevallier).

3AMNC, LC.40, correspondance de Moïse de Camondo, 26 mars 1928.

4Ibidem, 10 mai 1928.

5AMNC, P.M.6, lettre d’A. Salon et Cie du 11 avril 1931.

6AMNC, P.M.3.4, lettre de la maison Moët & Chandon du 31 janvier 1931 relative à l’achat à tarif préférentiel de « Brut impérial 1920 », sur recommandation de M. Camille Cerf.

7AMNC, P.M.6, lettres de M. René Engel, propriétaire viticulteur à Vosne-Romanée (Côte-d’Or) du 8 mai 1930, de M. Camille Cerf du 9 février 1933 et de M. René Engel du 5 décembre 1933.